Devenir doula après un métier du social ou de la petite enfance : la passerelle de compétences
les professionnelles de la petite enfance et du social (EJE, assistantes maternelles, ATSEM, TISF, éducatrices spécialisées, CESF) forment, avec les soignantes, le premier vivier de nos élèves. La relation d’aide, le travail avec les familles et la lecture du tout-petit se transfèrent directement. La formation Doulam dure 8 mois, 17 journées en présentiel, pour 3 500 € tout inclus.
Une éducatrice de jeunes enfants qui a passé dix ans en crèche sait des choses qu’aucun livre n’enseigne : le regard d’un bébé qui sature, la mère qui pleure dans le vestiaire à 8 h 15, le père qui n’ose pas demander. Nous avons écrit cet article pour celles qui se demandent si ce savoir-là vaut quelque chose en formation de doula. La réponse courte : c’est le socle. La réponse longue tient ci-dessous. Si vous cherchez plutôt la vue d’ensemble du parcours, elle est dans notre guide devenir doula.
Quels métiers du social et de la petite enfance mènent le plus souvent à la doula ?
Dans nos sessions, sur 10 élèves en moyenne, deux ou trois viennent de ce champ. Les profils reviennent : éducatrice de jeunes enfants lassée de la coordination, assistante maternelle dont les enfants accueillis ont grandi, ATSEM qui voulait retrouver les tout-petits, technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF) qui a déjà passé des heures dans des cuisines de jeunes parents. Et puis les travailleuses sociales au sens large : éducatrices spécialisées, conseillères en économie sociale et familiale, animatrices de lieux d’accueil enfants-parents.
Le point commun, nous le voyons dès le tour de table du premier matin : elles savent déjà se taire pour laisser une famille parler. C’est la compétence que les autres élèves mettent trois modules à acquérir.
Quelles compétences se transfèrent directement ?
Le tableau ci-dessous reprend, métier par métier, ce que nous voyons arriver en formation et ce que cela devient dans l’accompagnement d’une doula.
| Métier d’origine | Compétence déjà acquise | Ce qu’elle devient chez une doula |
|---|---|---|
| Éducatrice de jeunes enfants | Observation du développement, accueil des parents au quotidien | Lecture des signaux du nouveau-né, soutien du sentiment de compétence parentale |
| Assistante maternelle | Relation longue et intime avec une famille, gestion du rythme d’un bébé | Continuité de présence en post-partum, organisation de la maison |
| TISF | Intervention à domicile, soutien logistique, repérage des fragilités | Accompagnement du retour à la maison, orientation vers la PMI et le réseau local |
| Éducatrice spécialisée, CESF | Relation d’aide, cadre, travail en réseau, écrits professionnels | Posture de non-savoir, limites relationnelles, cartographie du réseau périnatal |
| ATSEM, animatrice | Collectif, sécurité affective des tout-petits, communication avec les parents | Cercles de parents, ateliers, soutien des fratries |
Ce que nous ne trouvons pas dans ce tableau, et pour cause : la grossesse, la naissance, le post-partum du corps de la mère. Là, presque tout est à apprendre, et c’est l’objet des modules 3 et 4 de la formation.
La relation d’aide : ce que vous pratiquez déjà, ce que la formation ajoute
La relation d’aide occupe trois journées complètes de notre plan de formation, à cheval sur les modules 1 et 2. Nous partons de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers, que beaucoup de travailleuses sociales ont croisée en école. Ce qui change, c’est le contexte : une femme enceinte ou une jeune mère n’est pas en difficulté sociale. Elle traverse une transition. Le réflexe d’évaluation des besoins, si utile en intervention sociale, devient ici un obstacle.
Notre support de cours résume la posture en trois verbes : « accompagner sans diriger, soutenir sans influencer, accueillir sans juger ». Une éducatrice spécialisée nous a dit, au troisième module, que ce dernier verbe lui avait demandé plus d’efforts que les deux premiers, parce qu’en foyer elle avait appris à repérer vite. Repérer reste utile. Mais chez une doula, cela ne débouche jamais sur une prise en charge : seulement sur une orientation, avec tact, vers le professionnel de santé compétent.
Ce qui se désapprend
- Le projet pour l’autre. En travail social, on construit un projet avec et parfois pour la personne. Une doula ne fixe aucun objectif à la famille.
- Le rapport écrit. Aucun compte rendu ne quitte la relation. La confidentialité est totale ; notre support de cours en fait « le socle de la relation ».
- La position d’experte du développement. Vous savez à quel âge un bébé tient sa tête. La doula ne le dit que si on le lui demande, et renvoie au pédiatre pour tout ce qui relève d’un suivi.
- Le collectif comme cadre. En crèche, le groupe structure la journée. La doula travaille avec une famille à la fois, chez elle, à son rythme.
À quoi ressemble la formation Doulam depuis ce parcours ?
Le cursus commence par le stage découverte « Premiers Pas », deux jours à 330 €, puis se poursuit avec la formation complète : 5 modules, 17 journées en présentiel sur 8 mois, 444 heures au total avec le travail accompagné, pour 3 170 €. Soit 3 500 € tout inclus, payables en 8 fois. Les sessions ont lieu dans 12 villes, avec 10 élèves en moyenne. La formation de doula Doulam est certifiée Qualiopi et se déroule uniquement en présentiel, parce que la posture s’apprend en binôme, pas devant un écran.
Le plan de formation enchaîne cinq modules. Le premier porte sur le positionnement et l’éthique, le deuxième sur la relation d’aide et les parcours de vie des femmes, le troisième sur la période prénatale, le projet de naissance et le début de l’accouchement, le quatrième sur la suite de l’accouchement, le postnatal et les difficultés périnatales, le cinquième sur le deuil périnatal, l’alimentation du bébé et l’accompagnement des couples, des fratries et des familles. Ce dernier module est souvent celui où nos élèves venues du social se sentent le plus à leur place : les fratries, elles connaissent.
| Module | Journées | Ce que vous y apportez | Ce que vous y apprenez |
|---|---|---|---|
| M1 · Positionnement, éthique | 3 | Le cadre, les limites, le secret | Le non-savoir, la non-médicalité |
| M2 · Relation d’aide, parcours de vie | 3 | L’écoute, la reformulation | Le cycle, le bassin, le repérage des violences |
| M3 · Prénatal, projet de naissance | 3 | L’accueil des familles | La physiologie de la grossesse, la conception, l’adoption |
| M4 · Accouchement, postnatal | 3 | La lecture du tout-petit | Les hormones de la naissance, le post-partum, le baby blues |
| M5 · Deuil, alimentation, familles | 3 | Les fratries, le collectif | Le deuil périnatal, l’allaitement et le biberon |
Ces journées thématiques s’inscrivent dans les dix-sept journées de présentiel du cursus, avec le travail accompagné entre les sessions. À l’issue, vous recevez une attestation de formation Doulam. Le métier de doula n’est inscrit à aucun registre d’État : aucune école ne délivre de diplôme, le métier n’est pas au RNCP et aucune formation de doula n’est éligible au CPF. Nous le disons avant l’inscription, pas après.
Comment financer la formation quand on vient du social ?
Trois cas reviennent. La salariée d’une structure (crèche, association, collectivité) passe par le plan de développement des compétences de son employeur, financé via l’OPCO de la branche. La demandeuse d’emploi sollicite l’aide individuelle à la formation de France Travail. L’assistante maternelle, qui a un statut particulier, nous contacte avant de monter son dossier. Dans tous les cas, l’échelonnement en 8 fois reste possible, seul ou en complément. Le détail figure sur notre page financement.
Sophie, 38 ans, ancienne éducatrice de jeunes enfants en crèche à Nantes : « En crèche, on accueille les parents trois minutes le matin et trois minutes le soir. J’avais l’impression de voir passer des familles sans jamais les rencontrer. La formation m’a donné le droit de m’asseoir. Ma première famille, on est restées deux heures autour d’une tisane, et le bébé a dormi tout du long. »
Quel métier construit-on ensuite ?
Une doula venue du social démarre rarement de zéro. Elle a un réseau : la PMI où elle a déjà orienté des familles, le lieu d’accueil enfants-parents du quartier, les collègues restées en poste. Ce réseau est votre premier canal d’accompagnements. Nous avons vu une ancienne TISF de Clermont-Ferrand accompagner ses quatre premières familles sur recommandation de son ancienne association, en moins de six mois.
Le rythme, ensuite, suit ce que nous publions sur le site : 4 à 6 familles la première année, 10 à 15 à plein régime, pour un revenu net de 1 000 à 2 500 € par mois. Beaucoup gardent un temps partiel dans leur ancien métier la première année. Certaines le conservent pour de bon, et ce double exercice fait de bonnes doulas : l’article sur les métiers de la périnatalité montre comment ils se complètent.
Le réseau que vous avez déjà, et comment le prévenir
Quatre gestes suffisent, dans les semaines qui suivent la fin de la formation. Ils demandent plus de courage que de temps.
- Prévenir la puéricultrice de PMI avec laquelle vous avez déjà travaillé : une carte, un café, deux phrases sur ce que fait une doula et ce qu’elle ne fait pas.
- Passer au lieu d’accueil enfants-parents du quartier et proposer d’y tenir, une fois par mois, un temps de parole sur le post-partum.
- Écrire à vos anciennes collègues : elles croisent chaque jour des parents épuisés qui n’osent pas demander d’aide.
- Rencontrer une sage-femme libérale du secteur, pour qu’elle sache vers qui orienter une famille qui a besoin de temps plus que de soins.
Nous insistons sur ce point en formation parce que le module sur le réseau périnatal local est celui que nos élèves du social trouvent le plus facile, et celui qu’elles appliquent le moins vite. Le savoir-faire est là. Reste à se présenter sous un nouveau nom.
Comment savoir si c’est pour vous ?
Un test simple, que nous proposons au téléphone : racontez-nous une famille que vous avez accompagnée et qui vous a marquée. Si vous décrivez ce que vous avez fait pour elle, vous êtes une bonne professionnelle du social. Si vous décrivez ce qu’elle a fait, elle, et ce que vous avez vu changer, vous avez déjà la posture d’une doula. Le stage « Premiers Pas » de deux jours sert exactement à vérifier cela, en groupe, avec des cas réels.