Grossesse & naissance · 10 min de lecture

Infertilité et attente : le vécu émotionnel, et ce qu’une doula peut y apporter

En bref

l’infertilité se vit d’abord comme une attente qui use : notre support de cours parle d’un « véritable ascenseur émotionnel, mois après mois », fait d’émotions contradictoires, « espoir et peur, envie et frustration, joie pour les autres et tristesse pour soi ». Une doula n’intervient jamais sur le plan médical ; elle apporte du temps, de l’écoute, de la continuité, et oriente vers le médecin, la sage-femme ou le psychologue quand la souffrance déborde.

Cet article parle de ce que personne ne voit : les quatorze jours d’attente entre deux tests, l’annonce de grossesse d’une amie qu’on félicite en serrant les dents, le corps qui devient un chantier. Il ne décrit aucun parcours médical, aucune technique ; notre article sur l’accompagnement en PMA et votre médecin sont là pour cela. Il parle du vécu, et de ce qu’une doula peut faire, et ne peut pas faire, à côté.

Pourquoi l’attente d’un enfant est-elle si éprouvante ?

Parce qu’elle touche à tout à la fois. Notre support de cours du module 3 l’écrit sans détour : « l’attente prolongée, les essais répétés, les fausses couches ou les parcours médicaux peuvent être extrêmement éprouvants. Ces expériences touchent l’intime, l’identité, la confiance en soi et parfois même la relation de couple. » Ce n’est pas une épreuve parmi d’autres. C’est une épreuve qui s’installe dans le calendrier, dans le lit, dans la salle de bain, dans les conversations qu’on évite.

Et elle n’a pas de fin prévisible. Une convalescence a une durée. Un deuil a un objet. L’attente d’un enfant qui ne vient pas n’a ni l’un ni l’autre : chaque mois relance le compteur. Nous l’avons entendu chez une femme de Marseille, au dix-huitième mois d’essais : « Le pire, ce n’est pas le non. C’est de ne jamais savoir quand on aura le droit d’arrêter d’espérer. »

Quelles émotions reviennent, et pourquoi elles se contredisent ?

Notre support de cours liste quatre couples d’émotions qui coexistent, souvent le même jour. Nous les avons mis en regard de ce que nos élèves entendent dans les mots des personnes accompagnées.

Émotions contradictoiresCe que cela donne dans une phraseCe que la doula fait
Espoir et peur« Cette fois j’y crois, et j’ai peur d’y croire »Accueille les deux, sans choisir pour la personne
Envie et frustration« On veut ce bébé plus que tout, et on en veut à son corps »Normalise la colère, ne cherche pas à la faire taire
Confiance et doute« Le médecin dit que tout est possible, et ça ne vient pas »Aide à écrire les questions pour le prochain rendez-vous médical
Joie pour les autres et tristesse pour soi« J’étais sincèrement contente pour elle, et j’ai pleuré dans la voiture »Nomme cette double émotion comme humaine, pas comme une faute

La dernière ligne est la plus fréquente, et la plus honteuse pour celles qui la vivent. Notre support de cours le dit précisément : « les annonces de grossesse peuvent devenir douloureuses, même lorsqu’elles concernent des proches aimés ». Une doula qui entend « j’ai pleuré dans la voiture » ne répond pas « c’est normal » trop vite. Elle laisse le temps que cela se dise entièrement.

Que fait l’infertilité à l’identité et au rapport au corps ?

Elle les abîme, souvent en silence. Notre support de cours décrit des personnes qui « se sentent “défaillantes”, “anormales”, “en échec”, même si ces perceptions sont injustes et infondées ». Et un corps qui change de statut : « un corps mesuré, stimulé, observé, parfois vécu comme un obstacle plutôt qu’un allié ». Cette phrase, nous la lisons à voix haute en formation, parce qu’elle dit quelque chose que la médecine, à juste titre occupée à soigner, n’a pas toujours le temps de nommer.

La doula n’a pas de réponse à cela. Elle a une place : celle d’une personne qui regarde ce corps autrement. Pas comme un dossier, pas comme une courbe, pas comme un problème à résoudre. Certaines de nos élèves proposent des gestes simples de confort, une respiration, une position de repos, non pour « aider à concevoir », ce qu’aucune doula ne peut promettre, mais pour que le corps redevienne, une heure par semaine, un endroit habitable.

Un mot sur les gestes, puisqu’on nous pose souvent la question : la doula ne touche pas sans demander, et ne propose rien qui ressemble à un soin. Une main sur l’épaule pendant qu’on pleure, une couverture, une tisane. C’est peu. Pour un corps qui n’a été touché que par des instruments depuis des mois, c’est parfois beaucoup.

Comment le couple traverse-t-il l’attente ?

Rarement au même rythme. Notre support de cours observe que « les partenaires ne vivent pas toujours les choses au même rythme. La sexualité peut perdre sa spontanéité. La communication peut devenir difficile. » L’un compte les jours, l’autre voudrait « ne plus y penser ». L’un veut tout dire aux amis, l’autre rien. L’un pleure, l’autre organise.

  • La doula reçoit les deux, ensemble et parfois séparément, et « soutient le couple sans prendre parti ».
  • Elle aide à distinguer ce qui relève du désaccord et ce qui relève de deux façons de tenir.
  • Elle ne commente jamais la sexualité du couple ni les décisions médicales ; elle renvoie au médecin pour l’une et au conseiller conjugal ou au psychologue pour l’autre si le besoin se fait sentir.
  • Elle rappelle, quand c’est juste, que ce parcours « peut rapprocher » autant qu’il « peut fragiliser », et que les deux existent.

Qu’est-ce qu’une doula apporte que le parcours médical ne prévoit pas ?

Du temps, et une personne qui ne change pas. Notre support de cours décrit ce que vivent les personnes en parcours : « elles ont besoin de continuité : une personne qui reste, qui écoute, qui accompagne, alors que tout le reste change constamment ». Les rendez-vous s’enchaînent, les interlocuteurs varient, les résultats tombent par téléphone. La doula, elle, est la même d’un mois à l’autre, et n’a rien à annoncer.

Elle apporte aussi un lieu où dire ce qui ne se dit pas ailleurs. Notre support en donne les phrases : « je n’en peux plus », avoir peur, se sentir coupable, ne pas comprendre ce que le médecin a dit. Cette dernière est plus fréquente qu’on ne croit, et la doula y répond d’une seule manière : en aidant à écrire la question pour la reposer au médecin. Jamais en y répondant elle-même.

Où s’arrête le rôle de la doula, et qui prend le relais ?

À la porte du médical, du psychologique et du promis. La doula « n’intervient pas sur les protocoles, ne donne pas d’avis médical, ne promet pas de résultats ». Le tableau ci-dessous situe chacun.

BesoinQui en est responsableCe que fait la doula
Comprendre pourquoi la grossesse ne vient pasMédecin, gynécologue, sage-femme, centre spécialiséAide à préparer les questions, ne répond à aucune
Décider d’un traitement ou d’un parcoursLe couple, avec l’équipe médicaleAccueille le vécu de la décision, ne l’influence pas
Traverser une détresse qui dure, un isolement, des idées noiresPsychologue, médecin traitant, psychiatreOriente sans attendre, accompagne au premier rendez-vous si demandé
Rencontrer d’autres personnes qui vivent la même choseAssociations de patients, groupes de paroleConnaît le réseau local et le transmet
Être écoutée, longtemps, sans jugement, chaque semaineLa doulaC’est son rôle, et son seul rôle

Sur la question de savoir quand consulter, à quel âge, après combien de mois, nous ne répondons pas, et nous apprenons à nos élèves à ne pas répondre. C’est une question de santé : elle appartient au médecin ou à la sage-femme. Le site de l’Assurance Maladie décrit le parcours de prise en charge. La doula peut aider à y voir clair dans ce qui a été lu ; elle ne l’interprète pas.

Témoignage d’une personne accompagnée par une doula

Marion, 36 ans, enseignante à Rennes, accompagnée pendant deux ans d’attente : « Tout le monde avait un avis. Ma mère, ma gynéco, les forums. Ma doula n’en avait pas, et c’est la seule personne à qui j’ai pu dire que je détestais ma sœur enceinte, sans qu’elle sursaute. Elle m’a juste demandé depuis combien de temps je portais ça. Depuis huit mois. Ce jour-là, ça a pesé un peu moins. »

Ce tableau, nous le donnons aussi aux personnes accompagnées. Savoir qui fait quoi rassure : on cesse d’attendre de son médecin qu’il écoute une heure, et de sa doula qu’elle explique un résultat. Chacun à sa place, l’attente devient un peu moins solitaire.

Et après ? Quand la grossesse arrive, ou n’arrive pas

Quand elle arrive, l’attente ne s’efface pas d’un coup. Beaucoup de femmes enceintes après un long parcours n’osent pas se réjouir, retiennent l’annonce, vivent chaque rendez-vous comme un verdict. La doula qui les a accompagnées avant est là pour cette transition-là aussi, et nous avons vu des accompagnements commencer au dix-huitième mois d’essais et se poursuivre jusqu’au retour de maternité, sans rupture.

Quand elle n’arrive pas, ou quand le couple décide d’arrêter, la doula reste. C’est un moment de deuil, celui « de la grossesse » et « de la filiation biologique » dont parle notre support de cours au sujet de l’adoption, mais qui concerne tout autant celles qui n’adopteront pas. Ce deuil-là a peu de témoins. La doula peut en être un. Elle oriente vers un psychologue si le besoin apparaît, et elle connaît les ressources sur la fausse couche et le deuil périnatal quand l’attente a été traversée de pertes.

Ce que cela demande à une doula en formation

D’avoir regardé son propre rapport à ce sujet. Une doula qui a vécu l’infertilité peut être une présence précieuse, ou projeter son histoire sur celle de l’autre. Une doula qui a conçu au premier mois peut être disponible, ou ne pas mesurer. Le module 3 de la formation Doulam travaille cela en petits groupes, avec une question simple : « quelles phrases soutiennent ? quelles phrases blessent ? ». La liste des secondes est toujours plus longue, et chacune de nous y retrouve une phrase qu’elle a déjà dite. C’est le début du travail. Il se poursuit sur 17 journées, 8 mois, en présentiel, avec 10 élèves en moyenne.

FAQ — Infertilité

Une doula peut-elle accompagner une personne en parcours d’infertilité ?+
Oui, sur le vécu émotionnel uniquement. Elle offre un temps d’écoute régulier, une présence qui ne change pas d’un mois à l’autre, et aide à préparer les rendez-vous médicaux. Elle n’intervient jamais sur le diagnostic, les traitements ou les décisions, qui relèvent du médecin, de la sage-femme ou du centre spécialisé.
Pourquoi est-il si difficile de se réjouir des grossesses de ses proches ?+
Parce que deux émotions sincères coexistent : la joie pour l’autre et la tristesse pour soi. Notre support de cours décrit cette double émotion comme humaine et compréhensible, pas comme une faute. En parler à une doula ou à un psychologue permet de la porter sans honte.
L’infertilité peut-elle abîmer le couple ?+
Elle le met à l’épreuve, parce que les partenaires vivent rarement l’attente au même rythme et que la sexualité perd souvent sa spontanéité. Elle peut aussi rapprocher. Une doula reçoit les deux sans prendre parti et oriente vers un conseiller conjugal ou un psychologue si la communication se bloque.
Quand faut-il consulter un médecin pour infertilité ?+
C’est une question médicale à laquelle une doula ne répond pas. Le délai dépend de l’âge et de l’histoire de chacun ; le médecin traitant, le gynécologue ou la sage-femme sont les bons interlocuteurs. La doula peut vous aider à formuler vos questions avant ce rendez-vous.
Une doula peut-elle aider à tomber enceinte ?+
Non, et aucune doula sérieuse ne le promet. Les gestes de confort qu’elle propose, respiration ou position de repos, visent à retrouver un rapport apaisé à son corps, pas à agir sur la fertilité. Toute promesse de résultat est contraire à l’éthique enseignée chez Doulam.
Que faire quand l’attente devient une détresse ?+
En parler sans attendre à un médecin ou à un psychologue, et à la doula si vous en avez une : son rôle est alors d’orienter vite, sans dramatiser ni temporiser, et de vous accompagner au premier rendez-vous si vous le souhaitez. L’isolement prolongé et les idées noires ne relèvent pas de l’accompagnement d’une doula.
La doula reste-t-elle si le couple décide d’arrêter les essais ?+
Oui. L’arrêt d’un parcours est un deuil, celui d’une grossesse et d’une filiation biologique, avec peu de témoins. La doula continue d’accompagner ce temps, oriente vers un psychologue si besoin, et connaît les ressources locales sur le deuil périnatal.
Comment la formation Doulam aborde-t-elle l’infertilité ?+
Au module 3, consacré à la période prénatale, avec un travail en groupe sur les phrases qui soutiennent et celles qui blessent, et des études de cas sur l’attente prolongée. La formation dure 8 mois, 17 journées en présentiel, pour 3 500 € tout inclus, dans 12 villes.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.