Grossesse & naissance · 10 min de lecture

Ocytocine, endorphines, adrénaline : les hormones de l’accouchement expliquées

En bref

l’ocytocine déclenche et entretient les contractions, les endorphines atténuent la douleur et installent un état de lâcher-prise, l’adrénaline freine le travail quand la peur domine puis donne l’élan final. Deux autres hormones complètent le tableau : les prostaglandines, qui assouplissent le col, et la prolactine, qui lance l’allaitement. Une doula n’agit sur aucune d’elles directement ; elle protège l’environnement qui leur permet de fonctionner.

Quand une femme nous demande « pourquoi mon travail s’est arrêté en arrivant à la maternité ? », la réponse tient rarement dans un dossier médical. Elle tient dans une hormone de stress, une lumière trop vive, un couloir, trois questions posées trop vite. Nous enseignons la chimie de la naissance à nos élèves doulas non pour qu’elles la manipulent, mais pour qu’elles comprennent ce qu’elles voient. Voici cette chimie, sans jargon.

Quelles sont les cinq hormones de l’accouchement ?

Notre support de cours du module accouchement parle d’un « véritable cocktail physiologique qui déclenche, soutient et complète le travail ». Cinq molécules s’y partagent les rôles, chacune avec un moment fort et un partenaire de jeu.

HormoneCe qu’elle fait pendant la naissanceCe qui la stimuleCe qui la freine
OcytocineDéclenche et régularise les contractions, pic après la naissance pour la délivrance, favorise l’attachementIntimité, chaleur, pénombre, peau-à-peau, succion du bébéPeur, lumière vive, sentiment d’être observée
EndorphinesAtténuent la perception de la douleur, état modifié de conscience, apaisementMouvement, eau chaude, toucher, rythme respiratoire lentInterruptions, sollicitations mentales, stress
AdrénalineEn début de travail : ralentit ; en fin de travail : élan pour la pousséePeur, froid, bruit, inconnu (au début) ; proximité de la naissance (à la fin)Sécurité émotionnelle, présence continue
ProstaglandinesMaturent et assouplissent le col, rendent l’utérus plus sensible à l’ocytocineFin de grossesse, travail lui-mêmeSuivi et décisions : équipe médicale uniquement
ProlactineLance la montée de lait, renforce l’intérêt maternel pour le bébéOcytocine, succion précoceSéparation prolongée mère-bébé

Ce tableau reprend, en le simplifiant, le contenu que nos formatrices déroulent au module 3 de la formation de doula Doulam. Il décrit une tendance physiologique. Le suivi du travail, lui, appartient à la sage-femme et au médecin.

Comment l’ocytocine fait-elle avancer le travail ?

Par vagues, et à condition qu’on la laisse tranquille. L’ocytocine est sécrétée par le cerveau de la mère de façon pulsatile : chaque décharge provoque une contraction, la contraction pousse le bébé contre le col, cette pression renvoie un signal au cerveau qui libère une nouvelle décharge. Une boucle simple, efficace, et sensible à tout ce qui touche l’état émotionnel.

Notre support de cours la décrit comme « l’hormone de l’amour et des contractions », et la formule n’a rien de poétique : c’est la même molécule qui intervient dans la sexualité, l’accouchement et l’allaitement. Ce qui bloque l’une bloque souvent l’autre. Une femme qui se sent regardée, jugée ou pressée voit sa boucle ocytocique ralentir. Une femme qui se sent en sécurité, dans la pénombre, avec quelqu’un de calme à côté d’elle, la voit repartir. Le guide de notre école de doula sur l’accouchement physiologique développe cette logique d’ensemble.

Ce que la doula observe, sans interpréter

Une respiration qui change, un regard qui se ferme, une femme qui cesse de parler entre deux contractions : ce sont les signes extérieurs d’une boucle ocytocique qui tourne bien. Nos élèves apprennent à les repérer pour ajuster leur présence, pas pour en tirer une conclusion sur l’avancée du travail. La dilatation, le rythme cardiaque du bébé, la décision d’intervenir ou d’attendre : tout cela se lit sur des outils que seule l’équipe médicale manie. La doula, elle, lit une ambiance. Et quand l’ambiance se dégrade, elle ne cherche pas la cause dans le corps : elle la cherche dans la pièce.

Le pic après la naissance

L’ocytocine atteint son maximum juste après la sortie du bébé. Ce pic sert à la délivrance du placenta et à la rencontre : regards, odeur, peau contre peau. Nous demandons à nos élèves de protéger ces minutes-là comme les précédentes : lumière basse, voix basses, pas de manipulation inutile, sauf demande de l’équipe.

À quoi servent les endorphines pendant l’accouchement ?

À rendre la douleur traversable. Les endorphines sont les analgésiques que le corps fabrique lui-même, en réponse à l’intensité des contractions. Elles montent progressivement au fil du travail, ce qui explique pourquoi une femme peut sembler « ailleurs » au bout de quelques heures : yeux fermés, réponses lentes, gestes ralentis. Notre support de cours parle d’un état « parfois proche de l’euphorie », qui aide la mère à « déconnecter le néocortex pour laisser agir le cerveau instinctif ».

Cet état est fragile. Une question administrative, une lumière allumée, un téléphone qui sonne, et la femme revient dans son cerveau analytique. Les endorphines chutent, la douleur remonte d’un cran, la peur aussi. C’est pour cela que, sur le terrain, nous parlons peu et à voix basse. Nous l’avons vu chez plusieurs familles : la doula la plus utile en phase active est souvent celle qui se tait.

L’adrénaline : ennemie ou alliée du travail ?

Les deux, selon le moment. En début et en milieu de travail, l’adrénaline est un frein. Elle est sécrétée par la peur, le froid, le bruit, l’inconnu, et elle inhibe l’ocytocine. Le support de cours l’écrit sans détour : « trop d’adrénaline = inhibition de l’ocytocine, travail qui stagne ». Beaucoup de « faux départs » à l’arrivée à la maternité s’expliquent ainsi : le corps passe en mode alerte, il met la naissance en pause, le temps de vérifier que l’endroit est sûr.

En fin de travail, l’adrénaline change de camp. Une montée naturelle survient juste avant la poussée et donne à la mère une énergie soudaine, un regard qui s’ouvre, parfois une phrase très nette : « je n’y arriverai pas », qui annonce souvent l’inverse. Nos élèves apprennent à reconnaître ce moment sans l’annoncer, à rester très proches, à respirer avec la femme.

  • Ce qui fait monter l’adrénaline trop tôt : une entrée bruyante, des inconnus qui défilent, une lumière crue, des questions qui obligent à réfléchir, le froid.
  • Ce qui la fait redescendre : une porte fermée, une voix connue, une couverture, un silence, quelqu’un qui reste.

Lorsque la peur précède la naissance depuis des mois, le travail se fait en amont. Notre article sur la peur d’accoucher décrit comment nous l’accueillons en prénatal.

Prostaglandines et prolactine : les deux hormones qu’on oublie

Les prostaglandines travaillent en coulisses. Produites en fin de grossesse et pendant le travail, elles assouplissent le col et rendent le muscle utérin plus réceptif à l’ocytocine. Sans elles, les contractions poussent contre une porte fermée. C’est un domaine où la doula observe et se tait : l’évaluation du col et toute décision qui en découle appartiennent à l’équipe médicale.

La prolactine, elle, entre en scène après la naissance. Stimulée par l’ocytocine et par la succion du bébé, elle lance la production de lait et « renforce l’intérêt maternel pour le bébé ». La doula soutient sa mise en route en aidant, si la mère le souhaite, à installer le peau-à-peau et la première tétée, dans le respect des consignes de l’équipe. Pour la suite, notre guide sur l’allaitement prend le relais.

Comment ces hormones interagissent-elles ?

Par paires, et dans un ordre précis. Le module accouchement de la formation Doulam résume les quatre associations à retenir :

  1. Ocytocine + prostaglandines : ouverture du col et contractions efficaces.
  2. Ocytocine + endorphines : travail fluide, état de conscience modifié, lâcher-prise.
  3. Adrénaline : bloque ou soutient, selon qu’elle arrive au début ou à la fin.
  4. Prolactine + ocytocine : mise en route de l’allaitement et attachement.

Cette mécanique explique une chose que nous répétons en formation : le corps sait accoucher, à condition que l’environnement ne vienne pas entraver le processus hormonal. Nous avons consacré un article entier à cet environnement, lumière douce, calme, intimité, et à ce qu’une doula peut y changer concrètement.

Que fait une doula avec cette chimie ?

Rien de médical, et beaucoup d’environnement. Elle ne prescrit rien, ne mesure rien, ne stimule rien. Notre support de cours liste quatre façons dont elle « contribue à optimiser ce cocktail hormonal » : protéger l’intimité pour faire baisser l’adrénaline, favoriser le relâchement pour soutenir l’ocytocine, accompagner la douleur pour laisser monter les endorphines, encourager le peau-à-peau et la succion précoce pour la prolactine.

Sur le terrain, cela ressemble à ceci : baisser un plafonnier, fermer une porte, proposer une douche chaude, respirer à voix haute avec la mère, rappeler au partenaire de parler bas, aider à installer une position sur le côté si la sage-femme l’autorise. Des gestes minuscules. Ils comptent parce que la chimie de la naissance est une chimie de la sécurité. Et si l’équipe demande de rallumer, de déplacer, d’interrompre, la doula s’exécute sans commentaire : la sécurité médicale passe avant l’ambiance, toujours.

Témoignage d’une doula

Léa, 29 ans, ancienne infographiste à Nantes : « Pendant le module sur les hormones, j’ai enfin compris mon propre premier accouchement. Le travail s’était arrêté net dans la salle d’examen, sous les néons, avec deux personnes que je ne connaissais pas. Personne n’avait rien fait de mal. Mon corps avait juste demandé une pause. Aujourd’hui, quand j’accompagne une famille, la première chose que je regarde, c’est la lumière. »

Et sous péridurale, ou en cas de déclenchement ?

La chimie ne disparaît pas, elle change de contexte. Sous péridurale, la douleur physique est atténuée, mais les besoins d’intimité, de sécurité et de mobilité restent entiers : la doula continue de protéger la pénombre, propose des changements de position avec l’accord de l’équipe, traduit les sensations de pression que la femme ressent encore. En cas de déclenchement, l’ocytocine de synthèse administrée par l’équipe médicale remplace en partie la production naturelle ; l’accompagnement émotionnel, lui, reste le même. Le guide sur la péridurale détaille ce qui change et ce qui ne change pas.

Dans tous ces cas, une règle ne bouge pas : la doula ne pose aucun diagnostic, ne donne aucun avis médical, ne s’oppose jamais à l’équipe soignante. Elle connaît les hormones pour mieux comprendre, jamais pour intervenir. C’est cette posture que nous transmettons, 10 élèves en moyenne par session, dans nos 12 villes.

FAQ — Ocytocine et hormones de l’accouchement

Quel est le rôle de l’ocytocine pendant l’accouchement ?+
L’ocytocine déclenche et entretient les contractions, les rend plus régulières et plus efficaces, puis atteint un pic juste après la naissance pour permettre la délivrance du placenta. Elle favorise aussi l’attachement et la mise en route de l’allaitement. Sa sécrétion est sensible à la peur et au sentiment d’être observée.
Pourquoi le travail peut-il ralentir en arrivant à la maternité ?+
Le changement de lieu, la lumière, le bruit et les inconnus font souvent monter l’adrénaline, qui freine l’ocytocine. Le corps met la naissance en pause le temps de se sentir en sécurité. Pénombre, calme et présence d’une personne de confiance aident à relancer le processus, sous la surveillance de l’équipe médicale.
Les endorphines suffisent-elles à supprimer la douleur ?+
Non, elles la rendent plus supportable et installent un état de lâcher-prise. Leur effet monte avec l’intensité du travail et chute dès que la femme est sollicitée mentalement. Le choix d’une analgésie médicale, comme la péridurale, se discute avec l’équipe soignante et n’est jamais un échec.
L’adrénaline est-elle toujours néfaste pendant l’accouchement ?+
Non. En début de travail, elle ralentit les contractions quand la peur domine. En toute fin de travail, une montée naturelle d’adrénaline donne l’énergie de la poussée. C’est son moment d’arrivée qui fait la différence.
Une doula peut-elle stimuler l’ocytocine ?+
Pas directement, et elle ne le tente jamais : aucun geste médical, aucune substance, aucun conseil clinique. Elle agit sur l’environnement (pénombre, calme, chaleur, continuité de présence) et sur le sentiment de sécurité, qui conditionnent la sécrétion naturelle de l’hormone. Toute stimulation médicale relève de la sage-femme ou du médecin.
Que se passe-t-il hormonalement juste après la naissance ?+
L’ocytocine atteint son pic pour la délivrance et la rencontre avec le bébé, puis la prolactine prend le relais pour lancer la lactation. Le peau-à-peau et la succion précoce soutiennent ces deux hormones. Ces premières minutes gagnent à rester calmes et peu éclairées, dans le respect des soins nécessaires.
Les hormones de l’accouchement fonctionnent-elles sous péridurale ?+
Oui, la mécanique hormonale continue, dans un contexte différent. La douleur est atténuée, mais les besoins de sécurité, d’intimité et de mobilité demeurent. La doula poursuit son accompagnement, en accord avec l’équipe médicale.
Comment la formation Doulam enseigne-t-elle la physiologie hormonale ?+
Au module 3 du cursus, sur une journée consacrée à l’accouchement, avec démonstration, mise en situation en binôme et débat mouvant. L’objectif est de comprendre pour mieux accompagner, jamais d’intervenir. La formation complète dure 8 mois, 17 journées en présentiel, pour 3 500 € tout inclus ; elle n’est pas éligible au CPF, comme toute formation de doula.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.