La posture de non-savoir : les 7 dimensions de la posture d’une doula
la posture de non-savoir « n’est pas une absence de compétence : c’est une manière de rester disponible », selon notre support de cours. Elle s’inscrit dans une posture plus large, en 7 dimensions : présence stable, humilité, écoute, neutralité, sens des limites, collaboration avec les soignants et éthique vivante. Chez Doulam, ces 7 dimensions occupent les 2 premières journées du module 1.
Une élève nous a dit un jour, au deuxième matin de formation : « Mais alors, si je ne sais rien, à quoi je sers ? » La question est la bonne. Elle revient à chaque session, sous une forme ou une autre, et nous ne cherchons pas à la faire disparaître trop vite. Parce que la réponse ne s’explique pas, elle se vit. Voici tout de même, pour vous donner de quoi réfléchir avant de venir, ce que nous entendons par posture d’une doula.
Qu’est-ce que la posture de non-savoir, concrètement ?
C’est décider, en entrant chez une famille, que l’on ne sait pas ce qui est bon pour elle. Même avec quinze ans de maternité derrière soi. Même avec trois enfants. Même quand la situation ressemble à dix autres déjà rencontrées. Notre support de cours le formule ainsi : « L’humilité consiste à ne pas se placer en experte, même lorsque l’on possède de l’expérience ou des connaissances. » Le non-savoir n’efface pas ce que la doula sait ; il l’empêche de le poser sur la table avant que la famille ait déposé ce qu’elle vit.
Cela change la première question d’un rendez-vous. Une accompagnante qui « sait » demande : « Vous avez pensé à la position sur le côté pour dormir ? » Une doula en posture de non-savoir demande : « Comment se passent vos nuits en ce moment ? » La seconde ouvre une porte. La première la ferme, gentiment, mais elle la ferme. Nous l’avons vu chez plusieurs élèves venues du soin ou de l’enseignement : la compétence a besoin d’être retenue pour laisser de la place.
Les 7 dimensions de la posture d’une doula, en un tableau
Notre support de cours structure la posture professionnelle en sept dimensions. Elles ne s’additionnent pas : elles se tiennent ensemble, et une seule qui manque fragilise les six autres.
| Dimension | Ce qu’elle demande | Ce qu’elle évite |
|---|---|---|
| 1. Présence stable et non jugeante | Rester là, sans chercher à réparer ni à convaincre | Se laisser emporter par les émotions de l’autre |
| 2. Humilité et non-savoir | Ne pas se placer en experte, rester curieuse | Projeter ses croyances, donner des réponses toutes faites |
| 3. Écoute profonde | Entendre ce qui est dit et ce qui ne l’est pas | Combler les silences, finir les phrases |
| 4. Neutralité et autonomie | Soutenir des choix qui ne sont pas les siens | Influencer, même subtilement |
| 5. Clarté intérieure et limites | Savoir où l’on s’arrête, poser un cadre | La surimplication, la posture de sauveuse |
| 6. Collaboration respectueuse | Travailler en complémentarité avec les soignants | La rivalité, l’opposition, l’interférence |
| 7. Éthique vivante | Cohérence entre ce qu’on dit, fait et incarne | Le code théorique appliqué mécaniquement |
Dimensions 1 et 2 : la présence et l’humilité
La présence vient en premier parce que tout le reste en dépend. Le support de cours parle d’« une présence qui ne cherche pas à réparer, à convaincre ou à orienter, mais à offrir un espace où la personne accompagnée peut se déposer en sécurité ». Stable : elle ne vacille pas quand la femme pleure ou se met en colère. Non jugeante : elle accueille un choix d’allaitement, de lieu de naissance ou de prénom sans lever un sourcil. Ouverte : elle ne vient pas avec une norme.
L’humilité en découle. Une doula qui a besoin de se sentir compétente cherchera, sans s’en rendre compte, des occasions de le montrer. Une doula qui a fait la paix avec le non-savoir n’a rien à prouver ; elle peut donc être entièrement tournée vers la famille. C’est ce que le support de cours appelle « rester centrée sur l’autre, et non sur ce qu’elle pense devoir transmettre ». Cela demande un travail sur soi que la formation amorce, et que la pratique poursuit.
Dimensions 3 et 4 : écouter, puis se taire sur ses préférences
Écouter, pour une doula, « ce n’est pas seulement entendre des mots : c’est percevoir un vécu, un rythme, une émotion, un besoin ». Nous entraînons cette écoute en binôme dès le module 1 : une élève parle cinq minutes d’un souvenir de naissance, l’autre écoute sans questionner, sans reformuler, sans consoler. Cinq minutes. La plupart tiennent deux minutes avant de vouloir intervenir. Et c’est précisément là que l’apprentissage commence.
La neutralité prolonge l’écoute. Elle « n’est pas une distance froide : c’est un respect profond de l’autre, de son histoire, de ses valeurs, de sa liberté ». Une doula convaincue par l’accouchement physiologique accompagne, avec la même qualité, une femme qui demande une péridurale à l’arrivée à la maternité. Si elle n’en est pas capable, elle doit le savoir, et le dire avant de s’engager. Ce qu’une doula ne fait jamais, y compris influencer une décision, est détaillé dans notre article sur les 8 interdits de la doula.
Dimensions 5 et 6 : les limites et la collaboration
Une doula « ne peut accompagner l’autre que si elle sait où elle s’arrête ». Ses limites sont émotionnelles, physiques, relationnelles et éthiques. Elles évitent « la confusion des rôles, la surimplication, la posture de sauveuse ou la fusion émotionnelle ». Ce point mérite un article à lui seul, que vous trouverez sous le titre les limites de la doula ; retenez ici qu’une doula sans limites finit par ne plus être disponible pour personne.
La sixième dimension concerne les autres professionnels : sages-femmes, médecins, psychologues, consultantes en lactation. La doula « ne se place jamais en opposition ou en rivalité ». Elle reconnaît les compétences de chacun. En pratique, cela signifie qu’elle ne commente pas un avis médical, qu’elle renvoie vers un professionnel de santé dès qu’une question touche à la santé, et qu’elle présente son rôle aux équipes sans le surjouer ni le minimiser.
Dimension 7 : une éthique qui se voit dans les gestes
La septième dimension n’ajoute rien de nouveau ; elle tient les six autres ensemble. Le support de cours écrit que la posture « se manifeste dans la manière de parler, de se tenir, de poser une question, de respecter un silence ». Une élève peut réciter les sept dimensions et tout de même s’asseoir trop près, parler trop vite, remplir un silence par gêne. L’éthique vivante, c’est la cohérence entre ce que l’on dit du métier et ce que l’on fait dans une cuisine à 22 h avec un bébé qui pleure.
Elle demande aussi de savoir dire « je ne sais pas », et de reconnaître une erreur. Ces deux phrases sont parmi les plus difficiles à prononcer pour quelqu’un qui débute, et parmi les plus rassurantes pour une famille. Un parent qui entend sa doula admettre qu’elle ignore quelque chose comprend qu’elle ne lui mentira pas non plus sur le reste. Et une doula qui peut dire qu’elle s’est trompée sur un horaire, une information pratique ou une formulation maladroite montre à la famille que l’erreur n’est pas une catastrophe, ce qui est, pour de jeunes parents, une leçon précieuse.
Pourquoi le non-savoir est-il si difficile quand on a de l’expérience ?
Parce que l’expérience a été construite pour servir. Une aide-soignante, une puéricultrice, une mère de quatre enfants ont passé des années à savoir quoi faire. Leur réflexe est de faire. Le non-savoir leur demande d’attendre, et l’attente ressemble d’abord à de l’inutilité. Nous le voyons à chaque session : ce sont les élèves les plus expérimentées qui ont le plus de mal les deux premiers jours, et souvent celles qui vont le plus loin ensuite, une fois le déclic passé.
Le déclic, d’ailleurs, ne se commande pas. Il arrive souvent au détour d’un exercice, quand une élève constate qu’une famille jouée par sa binôme a trouvé seule une réponse qu’elle s’apprêtait à souffler. Ce jour-là, l’inutilité ressentie change de sens : la doula n’a pas été inutile, elle a été disponible. Quatre obstacles reviennent le plus souvent sur ce chemin.
- Le réflexe du conseil : une famille raconte une difficulté, la solution monte immédiatement. La posture consiste à la laisser redescendre.
- Le besoin d’être utile : il pousse à agir. Or la famille a d’abord besoin d’être entendue, et l’utilité vient après.
- L’identification : « moi aussi j’ai vécu ça ». Le vécu de la doula n’est pas celui de la famille, même s’il y ressemble.
- La peur du silence : un silence de dix secondes paraît interminable à celle qui accompagne. Pour celle qui parle, c’est souvent l’espace où arrive l’essentiel.
Hélène, 47 ans, ancienne puéricultrice à Strasbourg : « Pendant vingt ans, on m’a payée pour savoir. Le premier exercice d’écoute en binôme, j’ai tenu une minute et demie avant de proposer une solution. La formatrice n’a rien dit, elle a juste souri. Au troisième module, les mamans finissaient leurs phrases sans moi. Ça paraît rien. Pour moi, c’était une révolution. »
Comment s’entraîne-t-on à cette posture en formation ?
Pas avec des cours magistraux. Dans la formation de doula Doulam, les journées 1 et 2 du module 1 alternent analyse de situations sensibles, exercices d’écoute en binôme, débat mouvant et cercle de clôture. Le débat mouvant fonctionne ainsi : une affirmation est lue (« une doula qui a de l’expérience doit la partager »), chacune se place dans la salle selon son accord, puis argumente, puis peut se déplacer. Les positions bougent. C’est le principe de notre pédagogie : on fait émerger avant d’apporter.
La posture se retravaille ensuite à chaque module, dans des contextes différents : face à une femme en travail au module 3, face à une mère épuisée au module 4, face à un deuil au module 5. En 8 mois, 17 journées en présentiel et 444 heures de travail au total, elle cesse d’être un concept. Elle devient une façon d’entrer dans une pièce. La place de cette posture dans le métier, au-delà de la formation, est décrite dans notre guide sur l’accompagnement périnatal.