Le métier au quotidien · 10 min de lecture

La posture de non-savoir : les 7 dimensions de la posture d’une doula

En bref

la posture de non-savoir « n’est pas une absence de compétence : c’est une manière de rester disponible », selon notre support de cours. Elle s’inscrit dans une posture plus large, en 7 dimensions : présence stable, humilité, écoute, neutralité, sens des limites, collaboration avec les soignants et éthique vivante. Chez Doulam, ces 7 dimensions occupent les 2 premières journées du module 1.

Une élève nous a dit un jour, au deuxième matin de formation : « Mais alors, si je ne sais rien, à quoi je sers ? » La question est la bonne. Elle revient à chaque session, sous une forme ou une autre, et nous ne cherchons pas à la faire disparaître trop vite. Parce que la réponse ne s’explique pas, elle se vit. Voici tout de même, pour vous donner de quoi réfléchir avant de venir, ce que nous entendons par posture d’une doula.

Qu’est-ce que la posture de non-savoir, concrètement ?

C’est décider, en entrant chez une famille, que l’on ne sait pas ce qui est bon pour elle. Même avec quinze ans de maternité derrière soi. Même avec trois enfants. Même quand la situation ressemble à dix autres déjà rencontrées. Notre support de cours le formule ainsi : « L’humilité consiste à ne pas se placer en experte, même lorsque l’on possède de l’expérience ou des connaissances. » Le non-savoir n’efface pas ce que la doula sait ; il l’empêche de le poser sur la table avant que la famille ait déposé ce qu’elle vit.

Cela change la première question d’un rendez-vous. Une accompagnante qui « sait » demande : « Vous avez pensé à la position sur le côté pour dormir ? » Une doula en posture de non-savoir demande : « Comment se passent vos nuits en ce moment ? » La seconde ouvre une porte. La première la ferme, gentiment, mais elle la ferme. Nous l’avons vu chez plusieurs élèves venues du soin ou de l’enseignement : la compétence a besoin d’être retenue pour laisser de la place.

Les 7 dimensions de la posture d’une doula, en un tableau

Notre support de cours structure la posture professionnelle en sept dimensions. Elles ne s’additionnent pas : elles se tiennent ensemble, et une seule qui manque fragilise les six autres.

DimensionCe qu’elle demandeCe qu’elle évite
1. Présence stable et non jugeanteRester là, sans chercher à réparer ni à convaincreSe laisser emporter par les émotions de l’autre
2. Humilité et non-savoirNe pas se placer en experte, rester curieuseProjeter ses croyances, donner des réponses toutes faites
3. Écoute profondeEntendre ce qui est dit et ce qui ne l’est pasCombler les silences, finir les phrases
4. Neutralité et autonomieSoutenir des choix qui ne sont pas les siensInfluencer, même subtilement
5. Clarté intérieure et limitesSavoir où l’on s’arrête, poser un cadreLa surimplication, la posture de sauveuse
6. Collaboration respectueuseTravailler en complémentarité avec les soignantsLa rivalité, l’opposition, l’interférence
7. Éthique vivanteCohérence entre ce qu’on dit, fait et incarneLe code théorique appliqué mécaniquement

Dimensions 1 et 2 : la présence et l’humilité

La présence vient en premier parce que tout le reste en dépend. Le support de cours parle d’« une présence qui ne cherche pas à réparer, à convaincre ou à orienter, mais à offrir un espace où la personne accompagnée peut se déposer en sécurité ». Stable : elle ne vacille pas quand la femme pleure ou se met en colère. Non jugeante : elle accueille un choix d’allaitement, de lieu de naissance ou de prénom sans lever un sourcil. Ouverte : elle ne vient pas avec une norme.

L’humilité en découle. Une doula qui a besoin de se sentir compétente cherchera, sans s’en rendre compte, des occasions de le montrer. Une doula qui a fait la paix avec le non-savoir n’a rien à prouver ; elle peut donc être entièrement tournée vers la famille. C’est ce que le support de cours appelle « rester centrée sur l’autre, et non sur ce qu’elle pense devoir transmettre ». Cela demande un travail sur soi que la formation amorce, et que la pratique poursuit.

Dimensions 3 et 4 : écouter, puis se taire sur ses préférences

Écouter, pour une doula, « ce n’est pas seulement entendre des mots : c’est percevoir un vécu, un rythme, une émotion, un besoin ». Nous entraînons cette écoute en binôme dès le module 1 : une élève parle cinq minutes d’un souvenir de naissance, l’autre écoute sans questionner, sans reformuler, sans consoler. Cinq minutes. La plupart tiennent deux minutes avant de vouloir intervenir. Et c’est précisément là que l’apprentissage commence.

La neutralité prolonge l’écoute. Elle « n’est pas une distance froide : c’est un respect profond de l’autre, de son histoire, de ses valeurs, de sa liberté ». Une doula convaincue par l’accouchement physiologique accompagne, avec la même qualité, une femme qui demande une péridurale à l’arrivée à la maternité. Si elle n’en est pas capable, elle doit le savoir, et le dire avant de s’engager. Ce qu’une doula ne fait jamais, y compris influencer une décision, est détaillé dans notre article sur les 8 interdits de la doula.

Dimensions 5 et 6 : les limites et la collaboration

Une doula « ne peut accompagner l’autre que si elle sait où elle s’arrête ». Ses limites sont émotionnelles, physiques, relationnelles et éthiques. Elles évitent « la confusion des rôles, la surimplication, la posture de sauveuse ou la fusion émotionnelle ». Ce point mérite un article à lui seul, que vous trouverez sous le titre les limites de la doula ; retenez ici qu’une doula sans limites finit par ne plus être disponible pour personne.

La sixième dimension concerne les autres professionnels : sages-femmes, médecins, psychologues, consultantes en lactation. La doula « ne se place jamais en opposition ou en rivalité ». Elle reconnaît les compétences de chacun. En pratique, cela signifie qu’elle ne commente pas un avis médical, qu’elle renvoie vers un professionnel de santé dès qu’une question touche à la santé, et qu’elle présente son rôle aux équipes sans le surjouer ni le minimiser.

Dimension 7 : une éthique qui se voit dans les gestes

La septième dimension n’ajoute rien de nouveau ; elle tient les six autres ensemble. Le support de cours écrit que la posture « se manifeste dans la manière de parler, de se tenir, de poser une question, de respecter un silence ». Une élève peut réciter les sept dimensions et tout de même s’asseoir trop près, parler trop vite, remplir un silence par gêne. L’éthique vivante, c’est la cohérence entre ce que l’on dit du métier et ce que l’on fait dans une cuisine à 22 h avec un bébé qui pleure.

Elle demande aussi de savoir dire « je ne sais pas », et de reconnaître une erreur. Ces deux phrases sont parmi les plus difficiles à prononcer pour quelqu’un qui débute, et parmi les plus rassurantes pour une famille. Un parent qui entend sa doula admettre qu’elle ignore quelque chose comprend qu’elle ne lui mentira pas non plus sur le reste. Et une doula qui peut dire qu’elle s’est trompée sur un horaire, une information pratique ou une formulation maladroite montre à la famille que l’erreur n’est pas une catastrophe, ce qui est, pour de jeunes parents, une leçon précieuse.

Pourquoi le non-savoir est-il si difficile quand on a de l’expérience ?

Parce que l’expérience a été construite pour servir. Une aide-soignante, une puéricultrice, une mère de quatre enfants ont passé des années à savoir quoi faire. Leur réflexe est de faire. Le non-savoir leur demande d’attendre, et l’attente ressemble d’abord à de l’inutilité. Nous le voyons à chaque session : ce sont les élèves les plus expérimentées qui ont le plus de mal les deux premiers jours, et souvent celles qui vont le plus loin ensuite, une fois le déclic passé.

Le déclic, d’ailleurs, ne se commande pas. Il arrive souvent au détour d’un exercice, quand une élève constate qu’une famille jouée par sa binôme a trouvé seule une réponse qu’elle s’apprêtait à souffler. Ce jour-là, l’inutilité ressentie change de sens : la doula n’a pas été inutile, elle a été disponible. Quatre obstacles reviennent le plus souvent sur ce chemin.

  • Le réflexe du conseil : une famille raconte une difficulté, la solution monte immédiatement. La posture consiste à la laisser redescendre.
  • Le besoin d’être utile : il pousse à agir. Or la famille a d’abord besoin d’être entendue, et l’utilité vient après.
  • L’identification : « moi aussi j’ai vécu ça ». Le vécu de la doula n’est pas celui de la famille, même s’il y ressemble.
  • La peur du silence : un silence de dix secondes paraît interminable à celle qui accompagne. Pour celle qui parle, c’est souvent l’espace où arrive l’essentiel.
Témoignage d’une doula

Hélène, 47 ans, ancienne puéricultrice à Strasbourg : « Pendant vingt ans, on m’a payée pour savoir. Le premier exercice d’écoute en binôme, j’ai tenu une minute et demie avant de proposer une solution. La formatrice n’a rien dit, elle a juste souri. Au troisième module, les mamans finissaient leurs phrases sans moi. Ça paraît rien. Pour moi, c’était une révolution. »

Comment s’entraîne-t-on à cette posture en formation ?

Pas avec des cours magistraux. Dans la formation de doula Doulam, les journées 1 et 2 du module 1 alternent analyse de situations sensibles, exercices d’écoute en binôme, débat mouvant et cercle de clôture. Le débat mouvant fonctionne ainsi : une affirmation est lue (« une doula qui a de l’expérience doit la partager »), chacune se place dans la salle selon son accord, puis argumente, puis peut se déplacer. Les positions bougent. C’est le principe de notre pédagogie : on fait émerger avant d’apporter.

La posture se retravaille ensuite à chaque module, dans des contextes différents : face à une femme en travail au module 3, face à une mère épuisée au module 4, face à un deuil au module 5. En 8 mois, 17 journées en présentiel et 444 heures de travail au total, elle cesse d’être un concept. Elle devient une façon d’entrer dans une pièce. La place de cette posture dans le métier, au-delà de la formation, est décrite dans notre guide sur l’accompagnement périnatal.

FAQ — Posture de la doula

Qu’est-ce que la posture de non-savoir chez une doula ?+
C’est le choix de ne pas se placer en experte face à une famille, même avec de l’expérience. Notre support de cours précise qu’elle « n’est pas une absence de compétence : c’est une manière de rester disponible, curieuse, attentive, sans projeter ses propres croyances ». La doula garde ses connaissances ; elle les met au service de ce que la famille exprime.
Quelles sont les 7 dimensions de la posture d’une doula ?+
Présence stable et non jugeante, humilité et non-savoir, écoute profonde, neutralité et respect de l’autonomie, clarté intérieure et sens des limites, collaboration respectueuse avec les professionnels, éthique vivante. Elles sont enseignées ensemble au module 1 de la formation Doulam.
Une doula peut-elle donner son avis à une famille ?+
Sur un choix médical ou personnel, non : la neutralité fait partie de sa posture. Elle peut donner une information non médicale, aider à formuler une question pour la sage-femme ou le médecin, ou partager ce qu’elle observe. La décision reste celle des parents, éclairés par les professionnels de santé.
La posture de non-savoir signifie-t-elle que la doula ne se forme pas ?+
Au contraire. Une doula apprend la physiologie de la grossesse et de la naissance, la relation d’aide, le repérage des situations à orienter vers un professionnel de santé. Le non-savoir concerne la relation : ne pas décider pour l’autre ce qui est juste pour lui.
Comment la posture de doula se travaille-t-elle en formation ?+
Par des exercices d’écoute en binôme, l’analyse de situations sensibles, le débat mouvant et un cercle de clôture en fin de journée. Chez Doulam, ces exercices occupent les deux premières journées, puis reviennent à chaque module pendant 8 mois.
Pourquoi les limites font-elles partie de la posture ?+
Parce qu’une doula qui ne sait pas où elle s’arrête finit par se surimpliquer, vouloir sauver, ou s’épuiser. Les limites protègent la famille, la doula et la relation. Elles permettent une présence stable, ce qui est la première dimension de la posture.
La posture de la doula diffère-t-elle de celle d’une sage-femme ?+
Oui, par le cadre : la sage-femme a une responsabilité médicale et pose des diagnostics ; la doula n’en a aucune et accompagne le vécu. Les deux peuvent partager l’écoute et le respect de l’autonomie, mais la doula ne donne jamais d’avis médical et renvoie vers les soignants sur toute question de santé.
Faut-il un profil particulier pour adopter cette posture ?+
Non, mais certains parcours demandent plus de travail au départ : les métiers du soin et de l’enseignement, où l’on a appris à savoir pour l’autre. Nos élèves viennent d’horizons variés, en groupes de 10 élèves en moyenne par session, et chacune trouve son propre chemin vers cette posture.

Envie d'en faire votre métier ?

La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.