Grossesse & naissance · 10 min de lecture

Respiration et son pendant le travail : ce que la voix et le souffle changent

En bref

pendant le travail, deux outils tiennent dans le corps : une respiration descendante, inspiration par le nez, expiration longue par la bouche vers le bassin, et une vocalisation grave, un « oooh » ou un « aaah » vibrant qui relâche la mâchoire. Notre support de cours le résume : « la respiration est le pont direct entre le mental et le système nerveux autonome ». La doula n’impose rien ; elle respire avec la femme.

Nous avons toutes en mémoire une femme qui, au sommet d’une contraction, a serré les dents, retenu son souffle, puis crié dans l’aigu. Et une autre, dans la même salle, un autre jour, qui a laissé sortir un son grave, long, presque un chant. La différence ne tenait pas au seuil de douleur. Elle tenait à ce qu’on avait préparé avec elle, et à qui respirait à côté d’elle. Voici ce que nous transmettons à nos élèves sur le souffle et la voix, sans en faire une méthode.

Pourquoi la respiration agit-elle sur le travail ?

Parce qu’elle est la seule fonction du corps à la fois automatique et volontaire. Le cœur bat sans nous, la digestion se fait sans nous ; le souffle, lui, se laisse guider. Le module accouchement de la formation Doulam en tire une conséquence directe : en ralentissant l’expiration, on envoie au système nerveux un signal de sécurité, on freine la montée d’adrénaline et on laisse la place à l’ocytocine et aux endorphines. Notre support de cours en fait « le pont direct entre le mental et le système nerveux autonome ».

Ce n’est pas une technique magique. Une femme qui a peur respire vite et haut, dans la poitrine ; une femme qui respire vite et haut a peur davantage. Le souffle lent casse la boucle par le bas, sans qu’il soit besoin de convaincre la peur de partir : le corps reçoit un autre message, et l’esprit suit. Notre article sur la douleur, sensation ou souffrance explique ce cercle en détail.

Quelle respiration adopter pendant les contractions ?

La plus simple. Notre support de cours décrit une « respiration descendante, ou d’ancrage » : inspirer profondément par le nez, expirer longuement par la bouche « en imaginant le souffle qui descend vers le bassin ». Rien à compter, rien à retenir, pas de rythme codifié. L’image de la descente fait le travail : elle éloigne l’attention de la gorge et des épaules, et l’amène là où le corps travaille.

MomentSouffle qui aide souventSon qui accompagneCe que la doula fait
Début du travailRespiration lente, naturelle, entre deux activitésParole, rire, silenceRappelle de manger, boire, se reposer
Phase activeInspiration nez, expiration longue bouche, vers le bassinSons graves, bouche molle, mâchoire relâchéeRespire à voix haute avec la femme, ralentit le rythme
TransitionExpirations courtes et répétées si la vague déborde, puis retour au souffle longSons plus forts, toujours gravesGarde le regard, murmure des mots d’ancrage
PousséeSelon les consignes de la sage-femme : souffle bloqué ou expiréGrognement grave, souffle sonoreSuit l’équipe, encourage, soutient la position

Ces repères décrivent ce que nous observons ; ils ne sont ni une méthode ni une consigne médicale. Pendant la poussée en particulier, c’est la sage-femme qui guide la respiration, et la doula suit.

Quand la respiration se dérègle

Cela arrive à presque toutes les femmes, au moins une fois : la contraction déborde, le souffle s’emballe, la tête tourne. La doula ne dit pas « respire ». Elle respire, elle, fort et lentement, à portée de regard. Le module parle de « respirer avec la femme pour la ramener dans son corps ». Le plus souvent, le rythme se cale sur celui de la personne calme à côté, en deux ou trois contractions. Si l’hyperventilation persiste ou inquiète, c’est l’équipe médicale qui évalue, pas la doula.

Pourquoi les sons graves aident-ils, et pas les cris aigus ?

À cause d’un lien anatomique entre la bouche et le bassin. Notre support de cours l’écrit ainsi : « les sons graves, comme un oooh ou un aaah vibrant, relâchent la mâchoire et, par réflexe anatomique, détendent le col de l’utérus et le périnée. À l’inverse, les cris aigus bloquent la gorge et tendent le bassin ». Une mâchoire serrée va avec un périnée serré ; une bouche molle va avec un bas du corps qui s’ouvre. Les sages-femmes le savent depuis toujours ; les futures mères le découvrent souvent en atelier, avec un léger embarras.

Cet embarras est le vrai obstacle. Faire un son grave devant des inconnus, dans une pièce éclairée, demande d’avoir renoncé au contrôle. C’est pour cela que nous travaillons la voix en prénatal, à la maison ou en petit groupe, et que nous protégeons l’intimité le jour J. Les femmes qui ont pratiqué le chant pendant leur grossesse partent avec une longueur d’avance ; notre article sur le chant prénatal en décrit les apports.

  • Un son qui aide : grave, long, bouche entrouverte, mâchoire lâche, qui vibre dans la poitrine.
  • Un son qui bloque : aigu, court, gorge serrée, dents jointes, qui vibre dans la tête.

Que fait une doula avec le souffle et la voix ?

Elle donne l’exemple, à voix basse, sans jamais corriger. Sur le terrain, cela se résume à quatre gestes que nos élèves pratiquent en binôme dès le module 3 de la formation de doula Doulam :

  1. Respirer avec la femme, visiblement et audiblement, pour lui offrir un rythme à suivre sans avoir à réfléchir.
  2. Vocaliser avec elle si elle le souhaite : un son grave à deux est plus facile à tenir qu’un son grave seule.
  3. Poser une main, si elle l’accepte, sur le haut du dos ou le sacrum, pour ancrer le souffle dans le corps.
  4. Se taire entre les contractions, pour laisser les endorphines faire leur travail.

Ce que la doula ne fait pas : imposer une technique, compter à voix haute une méthode que la femme n’a pas choisie, ni interpréter une respiration comme un signe de progression du travail. Elle observe, elle propose, elle suit. Si l’équipe demande une respiration précise à un moment donné, elle relaie et se tait.

Trois idées reçues sur la respiration pendant l’accouchement

La première : il faudrait « bien respirer » pour que ça marche. Non. Il n’y a pas de bonne respiration, il y a un souffle qui redescend ou un souffle qui s’emballe. Une femme qui expire par le nez plutôt que par la bouche ne fait rien de travers. Nous l’avons vu chez plusieurs familles : la mère qui avait le plus « révisé » sa technique est parfois celle qui l’oublie en premier, et celle qui n’avait rien préparé trouve son rythme seule. Ce qui compte, c’est la présence de quelqu’un de calme à côté.

La deuxième : le son dérangerait l’équipe. Dans les maternités où nous accompagnons, les sages-femmes reconnaissent un son grave pour ce qu’il est, un signe de travail qui avance. Ce qui inquiète, ce sont les cris aigus et la panique, pas la voix. La troisième : respirer suffirait à ne pas avoir mal. Aucun souffle ne supprime la douleur-sensation. Il change ce qu’on en fait. Une femme qui demande une péridurale après deux heures de souffle parfait n’a pas échoué ; elle a utilisé un outil, puis un autre. La doula accueille ce choix sans un mot de plus.

Comment le partenaire peut-il prendre le relais ?

En apprenant le même souffle avant le jour J. C’est une des tâches que nous confions le plus volontiers au partenaire en prénatal : respirer avec sa compagne cinq minutes par soir, pendant le dernier trimestre, sans autre objectif que de se synchroniser. Le jour de la naissance, quand la doula est absente ou en retrait, il sait quoi faire. Notre support de cours parle d’une « présence ancre » : « maintien du regard, ton de voix bas, respiration synchronisée ». Le partenaire n’a pas besoin de parler ; il a besoin de respirer. Nous lui donnons aussi une consigne de repli : si sa compagne le repousse au sommet d’une contraction, ce n’est pas un rejet, c’est de la concentration. Il recule d’un pas, continue de respirer, et revient quand la vague redescend.

Témoignage d’une doula

Nadia, 36 ans, ancienne opticienne à Strasbourg : « Pendant le module, une formatrice nous a fait tenir un son grave à dix, dans la pénombre. Au début, tout le monde a ri. Au bout de deux minutes, plus personne ne riait. J’ai compris ce que ça faisait dans le ventre. Ma première accompagnée a chanté presque tout son travail, et son compagnon chantait avec elle. La sage-femme a dit qu’elle n’avait jamais entendu une salle aussi calme. »

Comment s’y préparer pendant la grossesse ?

Par la répétition, sans pression. Trois minutes de respiration descendante chaque soir, à partir du septième mois, suffisent à ce que le geste devienne automatique. Pour le son, nous proposons de commencer sous la douche, où l’eau couvre la voix et où personne n’écoute. Certaines femmes s’appuient sur des approches structurées, comme l’hypnonaissance, qui associe souffle, visualisation et suggestions ; d’autres préfèrent le chant, ou rien de formel. Il n’y a pas de bonne réponse, et les séances de préparation à la naissance avec la sage-femme restent la base, remboursée par l’Assurance Maladie. Ce que nous demandons aux couples, c’est de choisir une seule chose et de la répéter, plutôt que d’empiler quatre approches qu’ils n’auront le temps ni d’apprendre ni d’oublier. Un souffle connu vaut mieux que trois techniques survolées. Et le jour J, si rien de tout cela ne ressort, ce n’est pas grave : la doula respire, et la femme suit.

Le souffle et la voix ont un avantage sur tous les autres outils de confort : ils sont toujours là. Pas de matériel, pas d’autorisation à demander, pas de position à négocier. Ils fonctionnent avec un monitoring, sous péridurale, au bloc si la femme est consciente. C’est pour cette raison que nous les enseignons en premier, et que nos élèves, 10 en moyenne par session, les répètent jusqu’à ce qu’ils deviennent un réflexe. Pour ce qui touche au corps, à la douleur ou aux options médicales, la référence reste le professionnel de santé qui suit la grossesse.

FAQ — Respiration pendant l’accouchement

Quelle respiration adopter pendant les contractions ?+
Une respiration descendante : inspirer par le nez, expirer longuement par la bouche en imaginant le souffle qui descend vers le bassin. Pas de rythme à compter. L’expiration longue envoie un signal d’apaisement au système nerveux et aide à traverser la vague plutôt qu’à la subir.
Pourquoi faire des sons graves pendant l’accouchement ?+
Parce qu’un son grave relâche la mâchoire et, par réflexe anatomique, détend le col et le périnée. Les cris aigus font l’inverse : ils bloquent la gorge et tendent le bassin. Le son grave se prépare en amont, seule sous la douche ou en atelier, pour être naturel le jour J.
Faut-il apprendre une méthode de respiration précise ?+
Non. Une méthode structurée peut aider certaines femmes, mais le plus utile est un souffle simple, répété pendant la grossesse jusqu’à devenir automatique. Pendant la poussée, la sage-femme guide la respiration selon la situation ; la doula suit ses consignes.
Que fait la doula si la respiration s’emballe ?+
Elle respire elle-même, fort et lentement, à portée de regard, pour offrir un rythme à suivre. Elle ne dit pas « respire » et ne corrige pas. Si l’hyperventilation persiste ou inquiète, l’évaluation appartient à l’équipe médicale.
Le partenaire peut-il aider avec la respiration ?+
Oui, à condition de l’avoir répétée avant : cinq minutes par soir au dernier trimestre, pour se synchroniser. Le jour J, il respire avec sa compagne, garde le regard et parle bas. Il n’a pas besoin de technique, il a besoin d’être calme.
La respiration fonctionne-t-elle sous péridurale ou avec un monitoring ?+
Oui, c’est même l’outil qui reste disponible dans tous les contextes : aucun matériel, aucune position à négocier. Sous péridurale, elle aide à rester présente à son corps et à accompagner les sensations de pression qui persistent. Toute question médicale se pose à l’équipe.
Quand commencer à s’entraîner ?+
À partir du septième mois, trois minutes par jour suffisent. Le geste doit être familier pour ressortir seul au moment où réfléchir devient impossible. Les séances de préparation à la naissance avec la sage-femme abordent aussi le souffle, sous l’angle médical.
Comment la formation Doulam enseigne-t-elle le souffle et le son ?+
Au module 3, par la pratique en binôme et en groupe : respiration descendante, vocalisation grave, présence ancre du partenaire, dans un cadre strictement non médical. Le cursus complet dure 8 mois, 17 journées en présentiel, pour 3 500 € tout inclus, payable en 8 fois ; comme toute formation de doula, il n’est pas éligible au CPF.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.