Le métier au quotidien · 10 min de lecture

Confidentialité et éthique : ce qu’une doula garde pour elle, et pourquoi

En bref

une doula garde pour elle tout ce qui est partagé pendant l’accompagnement : peurs, histoire médicale, tensions de couple, choix de naissance, ambivalences. Notre support de cours en fait « le socle de la relation ». Cette confidentialité est un engagement contractuel et éthique, avec trois exceptions : la mise en danger d’une personne, la demande explicite des parents, et la supervision anonymisée entre professionnelles.

Une femme enceinte nous a confié, au troisième rendez-vous, qu’elle n’était pas certaine de vouloir cet enfant. Elle ne l’avait dit à personne. Pas à son compagnon, pas à sa sage-femme, pas à sa mère. Elle l’a dit à sa doula parce qu’elle savait que cela ne sortirait pas de la pièce. Voilà, en une phrase, pourquoi la confidentialité n’est pas un détail administratif du métier : c’est ce qui rend la parole possible.

Pourquoi la confidentialité est-elle le socle de la relation d’accompagnement ?

Parce que sans elle, rien ne se dit. Notre support de cours du module 1 le formule ainsi : « Tout ce qui est partagé dans l’espace d’accompagnement reste dans cet espace. Cette confidentialité n’est pas une formalité administrative : c’est ce qui permet aux familles de se déposer en confiance, de parler de leurs peurs, de leurs doutes, de leurs élans les plus intimes. » La doula devient, toujours selon le support, « un lieu sûr, un contenant fiable ».

Ce contenant se teste très vite. Dès le premier rendez-vous, une famille observe comment la doula parle des autres familles qu’elle accompagne. Si elle raconte, même avec bienveillance, « une maman que je suis en ce moment a exactement le même souci », le message est reçu : demain, ce sera vous dans l’anecdote. Nous apprenons à nos élèves à ne jamais utiliser une famille pour en rassurer une autre. Il y a d’autres façons de dire « vous n’êtes pas seule ».

Qu’est-ce qu’une doula garde pour elle, concrètement ?

Tout, sans tri. Ce qui paraît anodin à la doula peut être capital pour la famille. Voici ce que nous entendons le plus souvent en accompagnement, et qui ne doit jamais circuler.

  • L’ambivalence : ne pas être sûre de vouloir cette grossesse, regretter le moment, avoir peur de ne pas aimer le bébé.
  • L’histoire : une fausse couche antérieure, une IVG, un parcours de PMA, des violences passées, un secret de famille.
  • Le couple : les tensions, la sexualité, une séparation envisagée, un partenaire absent ou trop présent.
  • Les choix : lieu de naissance, allaitement ou non, péridurale ou non, prénom, place de la belle-famille, et tout ce qui a été écrit dans le projet de naissance.

S’y ajoutent les informations médicales que la famille partage : résultats d’examens, traitements, pathologie de la mère ou du bébé. La doula n’en fait rien sur le plan médical, puisqu’elle renvoie vers la sage-femme ou le médecin, mais elle en est dépositaire. Elle ne les commente pas, ne les compare pas, ne les transmet pas. Même un compte rendu d’échographie laissé sur la table de la cuisine ne se lit pas sans y être invitée.

Une doula est-elle tenue au secret professionnel ?

Pas au sens que la loi donne à ce mot pour les médecins et les sages-femmes. Le métier de doula n’est pas réglementé, et le secret professionnel du Code pénal vise d’abord les professions qui reçoivent des confidences en raison de leur état ou de leur fonction reconnue. La doula, elle, s’engage par deux voies : le contrat d’accompagnement qu’elle signe avec la famille, et l’éthique de son métier. Ce n’est pas moins contraignant dans la pratique ; c’est un cadre différent. Le détail juridique de l’exercice est décrit dans notre guide sur le statut juridique de la doula.

Une précision utile : les notes que prend une doula, sur papier ou sur son téléphone, contiennent des données personnelles, parfois des données de santé. Elles relèvent donc des règles générales de protection des données. Concrètement, nous recommandons à nos élèves de noter le minimum, de ne jamais partager un carnet ou un téléphone avec un tiers, et de détruire les notes à la fin de l’accompagnement, sauf demande contraire de la famille.

Quelles sont les trois exceptions à la confidentialité ?

La confidentialité est totale, mais elle n’est pas absolue. Trois situations autorisent, ou imposent, de sortir du silence. Elles sont posées dès le premier rendez-vous, avant toute confidence, pour que la famille sache exactement dans quel cadre elle parle.

SituationCe que fait la doulaCe qu’elle ne fait pas
Une personne est en danger (la mère, le bébé, un aîné)Alerte les services compétents, comme toute personne y est tenueGarder le silence par loyauté envers la famille
Les parents demandent de transmettre une information à la sage-femme ou à la PMITransmet uniquement ce qui a été convenu, en présence des parents si possibleAjouter son interprétation ou d’autres éléments
Supervision ou analyse de pratique entre doulasParle de la situation de façon anonymisée, sans détail identifiantNommer, décrire un lieu, une date, un métier reconnaissable
Un proche (belle-mère, amie) demande des nouvellesRenvoie vers les parentsDonner la moindre information, même rassurante

La première ligne du tableau est la plus délicate. Une doula n’est pas là pour surveiller, et le repérage d’une situation de danger demande du discernement, pas de la précipitation. Nous y consacrons du temps au module 2, dans la journée sur les parcours de vie et les violences. Le principe reste simple : la sécurité d’une personne passe avant la confidentialité, et une doula qui a un doute en parle, en supervision, avec un professionnel de santé ou avec un service dédié.

Confidentialité et réseaux sociaux : le piège du témoignage anonymisé

C’est la faute la plus fréquente que nous voyons chez les doulas qui débutent, et elle part d’une bonne intention. Une naissance a été belle, la doula veut la partager, elle enlève le prénom et poste. Sauf qu’une naissance à Rennes un mardi de mars, avec des jumeaux et un papa pompier, cela se reconnaît. La famille se reconnaît. Ses voisins se reconnaissent. Et la confiance est perdue, pour cette famille et pour celles qui liront.

Notre règle est nette : aucun récit d’accompagnement en ligne sans accord écrit de la famille, et même avec accord, le récit est relu par elle avant publication. Une doula peut parler de son métier, de sa posture, de ce qu’elle apprend. Elle ne raconte pas les gens. C’est un des points sur lesquels la posture de la doula se vérifie le plus concrètement.

La cohérence : une éthique qui se voit dans les petits gestes

La confidentialité ne se décrète pas, elle se remarque. Notre support de cours écrit que l’éthique « se manifeste dans la manière de poser une question, de tenir un silence, de dire “je ne sais pas”, de reconnaître une erreur. Elle demande de la cohérence : être alignée entre ses valeurs, ses paroles et ses actes. » Une famille juge cette cohérence sur des détails : la doula ferme-t-elle la porte avant de parler ? Baisse-t-elle la voix dans le couloir de la maternité ? Range-t-elle son carnet quand une visite arrive ?

Nous l’avons vu chez une élève lors de son premier accompagnement en maternité : elle a refusé de dire à une infirmière de nuit, qui le demandait gentiment, pourquoi la maman de la chambre 12 avait pleuré. Elle a répondu qu’elle n’était pas la bonne personne pour en parler. L’infirmière a compris, et la relation avec l’équipe s’en est trouvée renforcée, pas abîmée. Une doula qui tient sa confidentialité face aux soignants leur montre qu’elle tiendra aussi la leur. Et une équipe qui constate cette tenue ouvre plus volontiers sa porte la fois suivante.

Comment le contrat d’accompagnement formalise-t-il la confidentialité ?

Par une clause courte, écrite en français clair, lue à voix haute au premier rendez-vous. Elle dit trois choses : ce que la doula garde pour elle (tout), dans quels cas elle peut en sortir (les trois exceptions ci-dessus) et ce qu’il advient des notes en fin d’accompagnement. Certaines doulas ajoutent une ligne sur les photos, très demandées à la naissance : qui les prend, qui les garde, qui peut les montrer. Cette clause protège la famille ; elle protège aussi la doula, qui pourra s’y référer si un proche insiste.

Le contrat fixe aussi les limites de disponibilité, les horaires, les modalités de contact. Ces limites relationnelles vont de pair avec la confidentialité : une doula joignable à toute heure finit par répondre entre deux portes, et c’est là que les confidences fuient. Nous développons ce point dans notre article sur les limites de la doula.

Témoignage d’une doula

Sonia, 41 ans, ancienne assistante commerciale à Bordeaux : « Dans mon ancien métier, tout se partageait en open space. Le premier réflexe que j’ai dû désapprendre, c’est de raconter ma journée à mon mari le soir. Maintenant, quand il me demande comment ça s’est passé, je réponds “bien” ou “dur”, et c’est tout. Il a fini par comprendre que c’était ça, le métier. »

Comment la confidentialité est-elle travaillée en formation ?

Elle est posée dès la première heure. Le tour de table d’ouverture de notre cursus de doula commence par le cadre : sécurité, confidentialité, non-jugement. Ce qui se dit dans le groupe reste dans le groupe, et les élèves l’expérimentent sur elles-mêmes avant de l’exiger d’elles-mêmes auprès des familles. C’est le sens de notre pédagogie : on fait émerger avant d’apporter. Une élève qui a déposé quelque chose de personnel au cercle de clôture du jour 1 sait, au jour 2, ce que vaut un espace protégé.

Le sujet revient ensuite dans l’analyse de situations sensibles du module 1, dans la journée sur les violences du module 2, dans le travail sur les difficultés périnatales du module 4 et dans celui sur le deuil au module 5. Sur 8 mois et 17 journées en présentiel, en groupes de 10 élèves en moyenne par session, la confidentialité passe du statut de règle à celui de réflexe. Et c’est ce réflexe, plus que la règle, que les familles ressentent.

FAQ — Confidentialité de la doula

Une doula est-elle soumise au secret professionnel ?+
Pas au sens légal réservé aux professions de santé et aux professions réglementées. La confidentialité de la doula repose sur le contrat d’accompagnement et sur l’éthique du métier. Dans la pratique, elle garde tout ce qui est partagé, et ne le transmet qu’avec l’accord des parents ou en cas de danger pour une personne.
Que se passe-t-il si une doula repère une situation de danger ?+
La sécurité d’une personne passe avant la confidentialité. Comme toute personne, la doula est tenue d’alerter les services compétents si une mère, un bébé ou un enfant est en danger. Elle ne se précipite pas pour autant : en cas de doute, elle en parle en supervision ou avec un professionnel de santé.
Une doula peut-elle parler d’une famille à la sage-femme ?+
Uniquement si les parents le demandent, et uniquement sur ce qui a été convenu avec eux. Idéalement, la transmission se fait en leur présence. La doula ne donne pas d’avis médical et n’ajoute pas son interprétation : elle relaie ce que la famille souhaite faire savoir.
Une doula peut-elle publier un récit de naissance sur les réseaux sociaux ?+
Pas sans accord écrit de la famille, et même avec accord, le texte est relu par elle avant publication. Anonymiser ne suffit pas : une naissance se reconnaît à ses détails. Une doula peut parler de son métier en ligne, pas des personnes qu’elle accompagne.
Que deviennent les notes prises par la doula ?+
Elles contiennent des données personnelles, parfois de santé, et doivent être protégées. Nous recommandons de noter le minimum, de ne partager ni carnet ni téléphone, et de détruire les notes à la fin de l’accompagnement sauf demande contraire des parents. Ce point figure dans le contrat.
La confidentialité s’applique-t-elle aussi entre doulas ?+
Oui. En supervision ou en analyse de pratique, une situation peut être évoquée, mais de façon anonymisée : sans nom, sans lieu, sans date, sans détail qui permettrait de reconnaître la famille. L’objectif est de progresser dans sa pratique, pas de raconter.
Que répondre à un proche qui demande des nouvelles ?+
Renvoyer vers les parents, toujours, même pour une information rassurante. Une phrase simple suffit : « C’est à eux de vous le dire. » Cette réponse, posée avec le sourire, protège la famille et montre au proche que la doula tiendra aussi ses propres confidences.
Comment la formation Doulam aborde-t-elle la confidentialité ?+
Dès la première heure du module 1, par le cadre posé au groupe, puis dans l’analyse de situations sensibles et à chaque module suivant. Le stage découverte Premiers Pas de 2 jours à 330 € en donne un premier aperçu ; la formation complète, 8 mois et 3 500 € tout inclus, l’approfondit jusqu’au réflexe.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.