Doula et PMI : deux présences complémentaires autour des jeunes parents
la PMI (protection maternelle et infantile) est un service public gratuit, ouvert à toutes les familles, qui assure consultations de puériculture, pesées, conseils en allaitement et nutrition, ateliers d’éveil, visites à domicile et suivi médical de prévention jusqu’aux 6 ans de l’enfant. La doula est un soutien non médical, choisi et rémunéré par la famille. Elles ne se remplacent pas : la doula oriente vers la PMI, la PMI soigne et prévient.
Beaucoup de jeunes parents que nous accompagnons n’ont jamais poussé la porte d’une PMI. Ils pensent que c’est « pour les familles en difficulté ». Et beaucoup de doulas qui débutent n’y sont jamais allées non plus. C’est dommage dans les deux cas. La PMI est l’une des ressources les plus précieuses du territoire, et l’une des premières que nous apprenons à nos élèves à connaître, à recommander et à respecter.
Qu’est-ce que la PMI, concrètement ?
Notre support de cours du module consacré à la période postnatale la définit en une ligne : « Protection maternelle et infantile : service public gratuit accessible à toutes les familles. » Il détaille son rôle : « consultations de puériculture, pesées, conseils en allaitement/nutrition, ateliers d’éveil, visites à domicile et suivi médical de prévention jusqu’aux 6 ans de l’enfant ». La PMI dépend du département. On y rencontre des puéricultrices, des sages-femmes, des médecins, parfois des psychologues. Une famille peut s’y rendre sans ordonnance, sans rendez-vous dans certains centres, et sans avoir à justifier de quoi que ce soit.
Ce dernier point mérite d’être répété aux familles. La PMI n’est pas un service de contrôle. C’est un service de prévention, et la prévention s’adresse à tout le monde. Une mère cadre dans un quartier aisé y trouve la même pesée, le même conseil de puériculture et la même écoute qu’une mère isolée en zone rurale. Les informations officielles sur ces structures sont regroupées sur le site public 1000 premiers jours, que nous conseillons aux parents comme aux élèves.
Que fait la PMI que la doula ne fait jamais ?
Tout ce qui relève du soin et de la surveillance de la santé. La PMI pèse le bébé et interprète la courbe. Elle examine, vaccine, dépiste. Elle réalise des visites à domicile par une puéricultrice, qui peut évaluer une situation et proposer un suivi. Elle répond à une question sur une régurgitation, un érythème, un sommeil qui inquiète, avec une compétence médicale. La doula ne fait rien de cela, et notre support de cours l’écrit dans son tableau sur la place de la doula dans le réseau : elle « ne pose aucun diagnostic et ne réalise aucun soin médical (ni auscultation, ni prise de tension, ni pesée médicale) ».
La pesée est un bon exemple, parce que des parents le demandent souvent. « Vous pouvez le peser, vous avez une balance ? » Une doula peut avoir une balance. Elle ne s’en sert pas pour rassurer ou inquiéter une famille sur la prise de poids de son bébé. Elle dit : « La PMI vous pèsera votre bébé cette semaine, et la puéricultrice pourra vous dire ce qu’elle en pense. Voulez-vous que je vous donne l’adresse ? » Le poids d’un nourrisson est une question de santé. Il a un interlocuteur, et ce n’est pas la doula. Cette règle vaut même quand la famille insiste, et surtout quand elle insiste.
Que fait la doula que la PMI ne fait pas ?
Elle donne du temps, de la continuité et une présence à domicile choisie par la famille. Une puéricultrice de PMI suit des dizaines de familles ; elle passe, avec compétence, puis elle part. Une doula reste deux ou trois heures, plusieurs fois par semaine si c’est ce qui a été convenu. Elle prépare un repas, tient le bébé pendant la douche, écoute le récit de la naissance pour la quatrième fois, accompagne la mère à son premier rendez-vous de PMI si celle-ci n’ose pas y aller seule. Elle connaît l’histoire de la famille depuis la grossesse. Ce que recouvre cet accompagnement au quotidien est décrit dans notre guide sur l’accompagnement post-partum.
| Besoin des parents | La PMI | La doula |
|---|---|---|
| Savoir si le bébé grossit bien | Pèse, interprète, oriente si besoin | Renvoie vers la PMI ou la sage-femme, accompagne au rendez-vous |
| Une question sur une rougeur, une fièvre, un sommeil inquiétant | Répond avec une compétence médicale, examine | Ne répond pas sur le fond, oriente le jour même |
| Se sentir seule, épuisée, dépassée | Écoute, visite à domicile possible, orientation sociale et psychologique | Présence répétée, aide concrète, écoute, orientation vers la PMI et les associations |
| Un doute sur l’allaitement | Conseil de puéricultrice ou de sage-femme | Soutien, réassurance non médicale, orientation vers PMI ou consultante en lactation |
| Le retour à la maison, la logistique | Conseils, ateliers, relais vers les aides du département | Organisation du quotidien, repas, aînés, réseau d’entraide |
| Un suivi jusqu’aux 6 ans | Oui, consultations de prévention et vaccinations | Non, l’accompagnement se limite à la période périnatale |
Comment la doula oriente-t-elle vers la PMI sans stigmatiser ?
En en parlant tôt, et à tout le monde. Nous conseillons à nos élèves de présenter la PMI dès la grossesse, au même titre que la maternité et la sage-femme libérale, comme une ressource ordinaire : « Vous aurez une PMI près de chez vous, c’est gratuit, on y pèse les bébés et on y répond aux questions de puériculture. Beaucoup de parents y vont pour la pesée du mardi. » Présentée ainsi, elle n’a rien d’une orientation vers un service social. Présentée après une difficulté, elle peut être vécue comme une sanction.
Nous l’avons vu chez plusieurs familles : la mère qui a été accompagnée une fois à la PMI par sa doula y retourne seule. Celle à qui l’on a seulement donné l’adresse, souvent, n’y va pas. Une doula peut proposer d’accompagner au premier rendez-vous, rester dans la salle d’attente, et laisser la mère entrer seule avec la puéricultrice. C’est un geste de présence, pas d’intrusion. Et la puéricultrice, de son côté, découvre une doula qui connaît sa place et respecte la sienne.
Dans quels cas la doula passe-t-elle le relais à la PMI ?
Dès que la question touche à la santé, au développement du bébé ou à une situation sociale qui dépasse le soutien non médical. Le support de cours place la PMI dans l’« accompagnement social et familial », aux côtés de la technicienne de l’intervention sociale et familiale et des associations de pair-aidance. Voici les situations les plus fréquentes.
- Un doute sur le poids ou l’alimentation du bébé : pesée et conseil de la puéricultrice, ou sage-femme libérale, dans la semaine.
- Une mère isolée, sans relais familial, avec un aîné en bas âge : visite à domicile de la PMI, information sur les aides du département.
- Une tristesse qui s’installe après les premiers jours, une fatigue qui déborde : sage-femme ou médecin d’abord, PMI en appui, sans attendre.
- Une question de puériculture que la doula ne peut pas trancher : sommeil, régurgitations, pleurs inhabituels, peau. C’est une question pour un professionnel de santé.
Passer le relais ne signifie pas disparaître. La doula continue sa présence pendant que la PMI fait son travail. Ce relais, et les autres membres du réseau, sont détaillés dans notre article sur la construction du réseau périnatal local.
Comment une doula se fait-elle connaître d’une PMI ?
En s’y rendant. Un appel pour demander un rendez-vous de vingt minutes avec la puéricultrice ou la responsable du centre, une plaquette d’une page, et une présentation qui commence par ce que la doula ne fait pas. Les équipes de PMI ont parfois rencontré des accompagnantes mal cadrées, qui donnaient des conseils de santé ou critiquaient le suivi. Une doula qui dit d’emblée « je ne pèse pas, je ne conseille pas, j’oriente vers vous » se distingue immédiatement.
Ce qu’elle ne demande pas, c’est d’être recommandée. La PMI, service public, ne recommande pas de prestataires privés, et il serait déplacé de le lui demander. Ce que la doula peut proposer, c’est de tenir la PMI informée, avec l’accord des familles, quand elle les y a orientées, et de participer, si l’équipe le souhaite, à un atelier ou à une réunion d’information sur les ressources du territoire. La doula qui intervient dans les semaines qui suivent la naissance a ses propres repères, que nous décrivons dans notre article sur la doula en post-partum.
Marion, 33 ans, ancienne vendeuse en pharmacie à Toulouse : « Une maman m’a demandé de peser son fils avec ma balance de cuisine, parce qu’elle avait peur qu’il ne prenne pas assez. J’ai eu envie de le faire pour la rassurer. À la place, on est allées ensemble à la pesée de la PMI le lendemain. La puéricultrice a tout expliqué, et la maman est ressortie avec un rendez-vous et un vrai sourire. Moi, j’aurais juste eu un chiffre. »
Ce que dit notre support de cours sur la place de la doula dans ce maillage
Le passage est court et nous le faisons apprendre : « La posture de la doula dans ce maillage repose sur une frontière claire entre soutien humain et actes médicaux. » Cette frontière ne diminue pas la doula. Elle lui donne, au contraire, une place que personne d’autre n’occupe : celle de la personne qui a le temps, qui connaît l’histoire et qui reste. Une PMI qui a compris cela renvoie volontiers des familles vers des doulas de confiance, pour ce qui n’est pas de son ressort : les nuits, les repas, la présence longue.
Dans l’école de doula Doulam, la PMI est abordée au module 4, dans la journée consacrée à la période postnatale, puis dans celle sur les difficultés périnatales, où elle apparaît parmi les orientations possibles. Les élèves sont invitées à visiter la PMI de leur secteur entre deux journées et à rapporter ce qu’elles y ont appris. Sur les 8 mois et les 17 journées du cursus, en groupes de 10 élèves en moyenne par session, ce sont ces rencontres de terrain qui transforment un service public en visage connu.