Le métier au quotidien · 10 min de lecture

Construire son réseau périnatal local : PMI, sages-femmes, associations, groupes de pairs

En bref

le réseau périnatal local d’une doula se construit en 4 cercles : les structures publiques de prévention (la PMI), les professionnels de santé (sage-femme libérale, médecin, pédiatre, consultante en lactation, psychologue périnatal), le tissu associatif (lieux d’accueil enfants-parents, associations d’allaitement, de prématurité, de deuil, de post-partum) et les groupes de pairs. Notre support de cours lui donne deux fonctions : prévenir l’isolement et passer le relais quand la situation dépasse le champ de la doula.

Une doula qui débute croit souvent que son réseau viendra avec le temps. Il vient, mais trop tard : le jour où une mère lui parle d’une douleur d’allaitement qui dure, d’une tristesse qui ne passe pas ou d’un logement où elle n’ose plus rester, il faut un nom et un numéro, tout de suite. Nous demandons à nos élèves de commencer leur carnet d’adresses avant leur première famille. Voici comment.

Pourquoi une doula ne travaille-t-elle jamais seule ?

Parce qu’aucun métier ne couvre seul les besoins d’une famille qui vient d’avoir un enfant. Notre support de cours du module consacré à la période postnatale l’écrit ainsi : « La doula ne fonctionne pas en vase clos : elle s’inscrit au cœur d’un écosystème pluridisciplinaire. Connaître et tisser ce réseau local est essentiel pour garantir la sécurité, la continuité des soins et le bien-être des familles. » L’adage du village qu’il faut pour élever un enfant, repris dans le même passage, n’est pas une image : c’est une organisation.

Le support attribue au réseau deux fonctions. La première est la prévention de l’isolement : « Le huis clos familial est l’un des premiers facteurs de risque du baby blues prolongé et de la dépression du post-partum. » Connecter une mère à des ressources locales, c’est lui permettre de sortir, de parler à d’autres parents, de normaliser ce qu’elle vit. La seconde est le relais de compétences : « Un réseau fluide permet un passage de relais rapide et serein lorsque la situation dépasse le champ d’action de la doula. » Et elle le dépasse souvent.

Quels sont les 4 cercles du réseau périnatal ?

Le support de cours parle d’une « cartographie locale du soutien périnatal » que chaque doula doit « élaborer dès le début de son activité ». Nous la présentons en quatre cercles, du plus institutionnel au plus informel.

CercleQui en fait partiePour quoi la doula oriente
1. Structures publiques de préventionLa PMI : puéricultrices, sages-femmes, médecins du servicePesées, consultations gratuites, visites à domicile, questions de puériculture, isolement
2. Professionnels de santé périnatauxSage-femme libérale, médecin généraliste, pédiatre, consultante en lactation IBCLC, ostéopathe périnatal, psychologue périnatalToute question de santé de la mère ou du bébé, allaitement douloureux, détresse émotionnelle, rééducation
3. Tissu associatifLieux d’accueil enfants-parents, associations d’allaitement, de prématurité, de deuil périnatal, de post-partumRencontrer d’autres parents, trouver une écoute spécialisée, sortir de chez soi
4. Groupes de pairsCafés des parents, cercles de mères, groupes d’entraide de quartierPartager son vécu sans jugement, créer des liens de proximité

Le premier cercle mérite un article à lui seul, tant il est méconnu des jeunes parents qui n’en ont pas besoin « socialement » : nous l’avons écrit, sous le titre doula et PMI, deux présences complémentaires. Le deuxième cercle commence presque toujours par une sage-femme libérale, et la façon de travailler avec elle fait l’objet de notre article sur la collaboration entre doula et sage-femme libérale. Le site public 1000 premiers jours recense, pour chaque étape, les interlocuteurs officiels que la doula peut citer aux familles.

Comment cartographier son territoire en six semaines ?

La méthode que nous transmettons tient en cinq étapes. Elle demande une heure par semaine, un carnet et une bonne dose d’audace au téléphone.

  1. Semaine 1, lister : la ou les PMI du secteur, les maternités à moins de 45 minutes, les sages-femmes libérales, les pédiatres, les consultantes en lactation, les psychologues spécialisés en périnatalité, les lieux d’accueil enfants-parents, les associations, les cafés de parents.
  2. Semaines 2 et 3, appeler : une courte présentation, une question (« Comment fonctionnez-vous pour une famille qui vous appelle ? ») et la demande d’un rendez-vous de 20 minutes.
  3. Semaines 4 et 5, rencontrer : en personne, sur place, avec une plaquette d’une page qui dit ce qu’est une doula, ce qu’elle fait, ce qu’elle ne fait pas.
  4. Semaine 6, tester : se rendre soi-même à un café des parents, à une réunion d’association, à une permanence de PMI en tant qu’observatrice si c’est possible, pour savoir ce que l’on recommande.
  5. Ensuite, mettre à jour : tous les trois mois, une ligne par contact, avec la date du dernier échange. Un réseau qui n’est pas entretenu s’éteint, et une sage-femme qui n’a pas eu de nouvelles depuis un an ne se souvient plus de vous.

Le carnet qui en résulte ne se partage pas tel quel avec les familles. Il sert à la doula pour proposer, au bon moment, le bon nom. Nous l’avons vu chez plusieurs anciennes élèves : la famille retient rarement une liste, elle retient la phrase « appelez cette personne de ma part, elle est très bien avec les mamans qui allaitent ».

Comment se présenter à une sage-femme libérale ou à une PMI ?

Avec humilité et précision. La première phrase compte : « Je suis doula, c’est-à-dire un soutien non médical aux familles, avant et après la naissance. Je ne fais aucun acte de soin, et j’oriente vers vous dès qu’une question touche à la santé. » Le professionnel entend deux choses : la doula connaît sa place, et elle amènera des familles vers lui, pas l’inverse. Ce que la doula ne demande pas, c’est d’être « recommandée ». Elle propose de se faire connaître ; la recommandation viendra, ou non, de la qualité de son travail.

Le support de cours cadre cette relation dans un tableau dont la première ligne est le « strict respect de la non-médicalité ». Une doula qui pèse un bébé « pour rendre service », qui donne un avis sur une crevasse ou qui commente une ordonnance perd en une phrase la confiance qu’elle a mis des mois à construire. Une doula qui dit « c’est une question pour votre sage-femme, voulez-vous que je vous aide à la formuler ? » la renforce.

À quoi servent les groupes de pairs, et pourquoi la doula doit-elle les connaître ?

Le quatrième cercle est celui où la doula finit par s’effacer. Les cafés des parents, les cercles de mères, les groupes d’entraide de quartier sont, selon le support de cours, des lieux « pour partager son vécu sans jugement et créer des liens d’amitié de proximité ». Une doula accompagne quelques semaines ou quelques mois. Une amie de quartier qui a un bébé du même âge accompagne des années. Le travail de la doula est bien fait quand la mère n’a plus besoin d’elle parce qu’elle a trouvé son village.

Certaines doulas animent elles-mêmes ces groupes. C’est une belle façon de se faire connaître, à condition d’en garder l’esprit : un espace de parole entre pairs, pas une salle d’attente. Nous décrivons ce format dans notre article sur les cercles de femmes.

Quand la doula passe-t-elle le relais ?

Dès que la situation sort de son champ, et ce champ est étroit. Le support de cours donne l’orientation attendue en cas de détresse : les soins de première ligne sont la sage-femme libérale, le médecin généraliste et le pédiatre ; la santé mentale relève du psychologue clinicien spécialisé en périnatalité ou du psychiatre périnatal ; l’accompagnement social et familial, de la PMI, de la technicienne de l’intervention sociale et familiale et des associations de pair-aidance. La doula connaît ces noms pour ne jamais garder seule ce qu’elle ne peut pas porter.

  • Une douleur, une fièvre, un doute sur le poids du bébé : sage-femme, médecin ou pédiatre, le jour même.
  • Un allaitement qui fait mal ou qui inquiète : sage-femme ou consultante en lactation.
  • Une tristesse qui dure au-delà des premiers jours, des idées sombres : sage-femme ou médecin sans attendre, puis psychologue ou psychiatre périnatal selon leur avis.
  • Un isolement, une précarité, une fatigue qui déborde : PMI, associations, lieux d’accueil enfants-parents.

Le réseau apporte-t-il des familles à la doula ?

Parfois, mais ce n’est pas son but, et une doula qui le construit dans cette intention le construit mal. Les professionnels de santé ne « prescrivent » pas de doula ; ils peuvent, quand ils ont confiance, mentionner son existence à une famille qui en aurait besoin. Cela prend du temps. Une doula qui démarre accompagne 4 à 6 familles la première année, et la plupart viennent du bouche-à-oreille : une mère parle à une autre mère. Le réseau professionnel, lui, sert d’abord à bien orienter ces familles. C’est à ce prix qu’il finit par en envoyer. Et une famille bien orientée par sa doula en parle autour d’elle, ce qui vaut toutes les cartes de visite.

Témoignage d’une doula

Aurélie, 39 ans, ancienne comptable à Clermont-Ferrand : « J’ai fait mes six semaines de cartographie en tremblant à chaque appel. La puéricultrice de la PMI m’a reçue vingt minutes et m’a expliqué comment elles travaillaient. Trois mois plus tard, une maman que j’accompagnais s’est effondrée un vendredi soir. J’avais le numéro, j’avais un prénom. Elle a été rappelée le lundi matin. Sans ce rendez-vous de vingt minutes, j’aurais cherché sur internet. »

Comment la formation aide-t-elle à construire ce réseau ?

Par un travail concret, entre deux journées de présentiel. Dans la formation Doulam, la journée consacrée à la période postnatale, au module 4, comprend la cartographie du soutien périnatal et un exercice à réaliser chez soi : identifier, pour son propre territoire, un contact par cercle et le rencontrer avant la journée suivante. Les élèves reviennent avec leurs carnets, leurs refus, leurs surprises. Le cercle de clôture y consacre souvent une bonne demi-heure.

Ce travail fait partie des 444 heures du cursus, qui comprennent 17 journées en présentiel et le travail accompagné entre les journées. Les groupes de 10 élèves en moyenne par session, répartis dans 12 villes, permettent aussi d’échanger des contacts entre élèves d’un même secteur. Plus d’une doula formée chez nous a trouvé sa première sage-femme partenaire grâce à une camarade de promotion.

FAQ — Réseau périnatal local

Qu’est-ce que le réseau périnatal local d’une doula ?+
C’est l’ensemble des ressources vers lesquelles elle peut orienter une famille sur son territoire : PMI, sages-femmes libérales, médecins, pédiatres, consultantes en lactation, psychologues périnataux, associations, lieux d’accueil enfants-parents et groupes de parents. Notre support de cours en fait une « cartographie locale » à construire dès le début de l’activité.
Pourquoi une doula a-t-elle besoin d’un réseau ?+
Pour deux raisons décrites dans notre support de cours : prévenir l’isolement des mères, qui est un facteur de risque du baby blues prolongé et de la dépression du post-partum, et passer le relais rapidement quand une situation dépasse le champ non médical de la doula.
Comment une doula se présente-t-elle à une sage-femme ?+
En une phrase claire sur son rôle non médical, en précisant qu’elle ne réalise aucun acte de soin et qu’elle oriente vers la sage-femme dès qu’une question touche à la santé. Elle propose une rencontre courte, apporte une plaquette d’une page et ne demande pas à être recommandée.
La doula peut-elle donner un conseil de santé en attendant le relais ?+
Non. Sur toute question de santé de la mère ou du bébé, elle renvoie vers un professionnel de santé, le jour même si la situation l’inquiète. Elle peut aider la famille à formuler sa question et rester présente, mais elle n’interprète ni un symptôme ni un poids.
Quelles associations font partie du réseau périnatal ?+
Notre support de cours cite les associations de soutien à l’allaitement, d’accompagnement de la prématurité, du deuil périnatal et du post-partum, ainsi que les lieux d’accueil enfants-parents. Chaque territoire a les siennes : la doula les identifie et, si possible, les visite avant de les recommander.
Combien de temps faut-il pour construire son réseau ?+
Une première cartographie se fait en six semaines, à raison d’une heure par semaine : lister, appeler, rencontrer, tester. Puis le réseau s’entretient tous les trois mois, par un contact bref. Un réseau qui n’est pas entretenu s’éteint en un an.
Le réseau permet-il de trouver des familles à accompagner ?+
Indirectement, et lentement. Les professionnels de santé ne prescrivent pas de doula, mais peuvent la mentionner quand ils ont confiance. La première année, une doula accompagne 4 à 6 familles, qui viennent surtout du bouche-à-oreille entre mères. Le réseau sert d’abord à bien orienter.
La formation Doulam aide-t-elle à constituer ce réseau ?+
Oui, au module 4, dans la journée sur la période postnatale : cartographie du soutien périnatal, puis exercice de terrain à réaliser entre deux journées. Les échanges entre élèves d’une même ville complètent ce travail. Le cursus complet dure 8 mois pour 3 500 € tout inclus, stage découverte compris.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.