Le métier au quotidien · 10 min de lecture

Doula et sage-femme libérale : comment travailler ensemble autour d’une même famille

En bref

une doula et une sage-femme libérale travaillent ensemble en se répartissant clairement les rôles : la sage-femme est la référente médicale de la grossesse et du post-partum, la doula apporte le temps d’écoute, la présence continue et le soutien non médical. Chez Doulam, nous enseignons quatre règles : ne jamais contredire un avis médical, ne jamais parler au nom de la famille, orienter sans temporiser, et se présenter avant la première famille commune.

Nous entendons encore, dans certaines journées portes ouvertes, la crainte que les sages-femmes « n’aiment pas les doulas ». Notre expérience, dans les 12 villes où nous formons, dit autre chose : quand la doula connaît sa place et l’annonce, la sage-femme libérale devient la première à recommander son nom. Cet article ne compare pas les deux métiers ; le guide doula ou sage-femme s’en charge. Il explique comment on travaille ensemble, concrètement, autour d’une même famille.

Qui fait quoi entre la doula et la sage-femme libérale ?

La frontière est simple à énoncer, et notre support de cours du module 4 la formule sans ambiguïté : la sage-femme libérale est la « référente médicale du post-partum », pour « le suivi corporel, la cicatrisation, la rééducation du périnée, les pesées, le soutien à l’allaitement ». La doula, elle, « ne pose aucun diagnostic et ne réalise aucun soin médical », « ne donne aucun avis sur une prescription ou un traitement » et « ne remplace en aucun cas la présence d’une sage-femme ou d’un médecin ». Le tableau suivant décline cette répartition sur les moments clés.

MomentLa sage-femme libéraleLa doula
Début de grossesseDéclaration, suivi mensuel, entretien prénatal précoce, prescriptionsÉcoute du projet, du couple, des peurs ; aucune consultation
Préparation à la naissanceSéances de préparation remboursées, information médicaleRendez-vous longs sur le vécu, projet de naissance, gestes de confort
AccouchementSuivi médical si elle accompagne en plateau technique ou à domicilePrésence continue non médicale, soutien du partenaire, environnement
Retour à la maisonVisites à domicile, surveillance de la mère et du bébé, allaitementHeures de présence, organisation du quotidien, écoute, relais vers la sage-femme au moindre doute
4e à 8e semaineEntretien postnatal précoce, repérage d’une détresse, rééducationSignaux faibles observés au fil des visites, encouragement à en parler à la sage-femme

Ce que ce tableau montre, c’est que les deux professionnelles ne se croisent presque jamais sur un même geste. Elles se croisent sur une même famille. Tout le travail consiste à faire circuler l’information sans que la doula devienne une intermédiaire.

Pourquoi une sage-femme libérale a-t-elle intérêt à travailler avec une doula ?

Pour le temps. Une visite à domicile de sage-femme dure ce qu’elle doit durer, avec des actes à réaliser et une tournée à tenir. Une doula reste deux ou trois heures, sans acte. Notre support de cours décrit ce rôle de « liant » : offrir « le temps d’écoute longue et la présence continue ». La sage-femme retrouve, à sa visite suivante, une mère qui a dormi, qui a mangé, et qui a pu formuler ses questions.

Nous l’avons vu à Toulouse chez une sage-femme libérale qui suit une quarantaine d’accouchées par an. Depuis qu’elle oriente vers deux doulas formées chez nous, elle nous a dit recevoir moins d’appels du soir pour des inquiétudes qui ne relevaient pas d’un soin. Et les appels qui lui arrivent sont plus précis, parce que la doula a aidé la mère à décrire ce qu’elle observe.

Ce que la doula apporte à la sage-femme, en pratique

  • Des parents qui arrivent en consultation avec leurs questions listées : c’est un exercice que nous enseignons, « lister leurs questions, clarifier leurs besoins ».
  • Une mère qui a compris ce que la sage-femme a expliqué, parce que la doula l’a reformulé avec elle, sans rien ajouter.
  • Un signal donné tôt : fatigue qui ne remonte pas, pleurs qui durent, isolement. La doula ne nomme rien, elle encourage à consulter.
  • Un partenaire qui a trouvé sa place et n’encombre plus les visites de sa propre inquiétude.

Comment une doula se présente-t-elle à une sage-femme ?

Avant la première famille commune, et pas pendant. C’est la règle que nous répétons en formation. Une doula qui se présente au détour d’un rendez-vous, chez une patiente, arrive déjà en position ambiguë. Une doula qui a pris un café avec la sage-femme trois mois plus tôt arrive comme une collègue.

  1. Prendre rendez-vous au cabinet, quinze minutes, en dehors des consultations.
  2. Dire en deux phrases ce qu’une doula fait, puis en quatre ce qu’elle ne fait pas : pas de diagnostic, pas d’avis sur un traitement, pas de geste, pas d’opposition à un avis médical.
  3. Laisser une carte et une fiche d’une page qui résume le cadre non médical et les tarifs.
  4. Proposer un mode de contact simple pour les situations où la doula recommandera à une famille d’appeler : un SMS de la mère, jamais un appel de la doula à la place de la mère.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. La doula « ne parle pas au nom de la famille » : c’est écrit dans notre support de cours, module 1. Elle aide la mère à écrire son message à la sage-femme, elle reste à côté pendant l’appel, mais c’est la mère qui parle. La sage-femme sait alors qu’aucune information ne transite par un tiers.

Que fait la doula quand la sage-femme et la famille ne sont pas d’accord ?

Rien qui ressemble à une prise de parti. C’est la situation la plus délicate que nos élèves travaillent en études de cas, et la réponse tient en trois lignes de notre support : la doula « ne contredit pas un avis médical, ne s’interpose pas, ne parle pas au nom de la famille. Elle soutient la communication, facilite la compréhension, apaise les tensions éventuelles. »

Concrètement, elle aide la famille à formuler ses questions à la sage-femme, avec la grille que nous transmettons en module 3 : bénéfices, risques, alternatives, ressenti, que se passe-t-il si l’on attend. Elle peut dire : « Voulez-vous qu’on prépare ensemble ce que vous voulez lui demander ? » Elle ne dit jamais : « À votre place, je refuserais. » Si la famille choisit contre l’avis de la sage-femme, la doula reste présente, sans commentaire. Si la famille suit l’avis, même chose.

Un exemple vécu en formation

Une élève de Nantes nous a rapporté ce cas, travaillé ensuite en groupe. Une mère hésitait à suivre la recommandation de sa sage-femme sur la reprise d’un traitement. Elle a demandé à sa doula : « Vous en pensez quoi ? » La doula a répondu : « Ce que j’en pense n’a pas de valeur médicale. Ce qui en a, c’est ce que vous n’avez pas encore osé demander à votre sage-femme. On l’écrit ? » Trois questions sont sorties, la sage-femme y a répondu par téléphone le soir même, et la mère a décidé. Personne n’a pris sa place.

Comment gérer un doute sur la santé de la mère ou du bébé ?

La doula oriente « avec tact, sans effrayer mais sans temporiser si une prise en charge est requise ». Cette phrase de notre support de cours contient les deux erreurs à éviter : dramatiser, et attendre. Une doula qui observe quelque chose qui l’inquiète, saignements qui changent, fièvre, douleur qui augmente, bébé difficile à réveiller, ne cherche pas à savoir ce que c’est. Elle dit : « Ce que vous décrivez mérite l’avis de votre sage-femme, appelons-la maintenant. » Puis elle reste.

La sage-femme apprécie qu’on l’appelle pour ce qui relève d’elle et pas pour le reste. Ce tri, la doula l’apprend en formation, dans le module sur les difficultés périnatales, et le réajuste avec chaque sage-femme selon ses habitudes. Certaines veulent être prévenues de tout ; d’autres préfèrent un message groupé le soir. On le demande, à la première rencontre.

Quel cadre pour cette collaboration ?

Aucune convention n’est obligatoire entre une doula et une sage-femme libérale. Mais un cadre explicite protège les trois parties. Voici celui que nous conseillons à nos élèves une fois installées.

SujetCe que nous conseillonsPourquoi
OrientationLa sage-femme cite plusieurs doulas, jamais une seuleLa famille choisit librement ; aucune exclusivité
RémunérationAucune commission, aucun renvoi rémunéréLa confiance de la famille repose sur cette indépendance
InformationRien ne circule sans l’accord explicite de la mèreLa confidentialité est le socle de la relation avec la doula
Présence communeLa doula s’efface pendant l’acte, revient aprèsLa sage-femme travaille ; la doula soutient
DésaccordParlé entre professionnelles, jamais devant la familleLa sécurité émotionnelle des parents passe avant les susceptibilités

Le cadre légal de la sage-femme est décrit par le Conseil national de l’Ordre des sages-femmes, et le parcours de suivi de grossesse remboursé sur le site de l’Assurance Maladie. Une doula qui connaît ces deux références évite de promettre à une famille ce qui relève de la sage-femme.

Témoignage d’une jeune mère accompagnée par une doula

Léa, 31 ans, graphiste à Lyon, accompagnée pour son premier enfant : « Ma sage-femme passait le mardi, ma doula le jeudi. La doula m’aidait à noter ce que je voulais demander à la sage-femme, et la sage-femme me disait : “Vous en parlerez avec votre doula, elle a le temps.” Elles ne se sont vues qu’une fois, à la porte. Et pourtant, j’avais l’impression d’une seule équipe. »

Comment la formation Doulam prépare-t-elle cette collaboration ?

Dès le module 1, les études de cas mettent en scène le triangle parents – doula – soignants. Le module 4 consacre une séquence entière à la cartographie du réseau périnatal local : PMI, sages-femmes libérales, consultantes en lactation, psychologues, associations. Nous demandons à chaque élève de rencontrer au moins une sage-femme libérale avant la fin du cursus, et de nous raconter l’entretien. Ce travail nourrit l’article sur la construction du réseau périnatal local.

Ce que nous observons sur le terrain, et ce que notre support de cours retient des travaux publiés sur le sujet, va dans le même sens : l’apport d’une doula est le plus net quand elle travaille en collaboration avec la sage-femme. Nous n’en tirons aucune promesse ; nous en tirons une exigence de formation. Le cursus Doulam, 17 journées en présentiel sur 8 mois pour 3 500 € tout inclus, forme des doulas qui savent où elles s’arrêtent. C’est ce qui rend la collaboration possible.

FAQ — Doula et sage-femme libérale

Une sage-femme libérale peut-elle recommander une doula ?+
Oui, rien ne l’en empêche, et beaucoup le font. Nous conseillons qu’elle cite plusieurs noms plutôt qu’un seul, pour que la famille choisisse librement, et qu’aucune rémunération ne soit liée à cette orientation. La doula reste indépendante de la sage-femme.
Une doula peut-elle transmettre des informations à la sage-femme ?+
Uniquement avec l’accord explicite de la mère, et de préférence en aidant la mère à les transmettre elle-même : message écrit ensemble, appel passé à côté d’elle. La confidentialité est le socle de la relation avec une doula ; rien ne circule sans consentement.
Que fait la doula si elle n’est pas d’accord avec l’avis de la sage-femme ?+
Elle ne le dit pas à la famille. La doula ne contredit pas un avis médical et ne s’interpose pas. Elle aide les parents à poser leurs questions à la sage-femme, avec la grille bénéfices, risques, alternatives, ressenti, attente, et soutient leur décision quelle qu’elle soit.
La doula et la sage-femme peuvent-elles être présentes en même temps ?+
Oui, à domicile comme en maternité quand le règlement le permet. La doula s’efface pendant les actes et revient ensuite. Sa place est auprès de la mère et du partenaire, jamais dans le champ de la sage-femme.
Une doula doit-elle prévenir la sage-femme quand elle observe quelque chose d’inquiétant ?+
Elle encourage la mère à appeler sans attendre, et reste avec elle. Elle ne cherche pas à identifier ce qu’elle observe et ne minimise jamais : « ce que vous décrivez mérite un avis médical maintenant ». Le mode de contact préféré de la sage-femme se convient à la première rencontre.
Faut-il une convention écrite entre une doula et une sage-femme ?+
Non, aucune convention n’est obligatoire. Un cadre oral clair suffit dans la plupart des cas : pas d’exclusivité, pas de commission, pas d’information sans accord de la mère, désaccords réglés entre professionnelles. Certaines maternités disposent en revanche de chartes pour la présence des doulas en salle de naissance.
Une doula peut-elle remplacer les visites de la sage-femme après l’accouchement ?+
Non, jamais. Les visites à domicile de la sage-femme relèvent du suivi médical de la mère et du bébé. La doula apporte du temps, de la présence et de l’organisation entre ces visites, et renvoie vers la sage-femme ou le médecin sur toute question de santé.
Comment la formation Doulam enseigne-t-elle la collaboration avec les sages-femmes ?+
Par des études de cas sur le triangle parents – doula – soignants dès le module 1, une séquence de cartographie du réseau périnatal au module 4, et une rencontre avec une sage-femme libérale demandée à chaque élève avant la fin des 17 journées. La non-médicalité est rappelée à chaque module.

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La formation doula Doulam : 8 mois, 17 journées en présentiel, 11 villes en France, 10 élèves en moyenne par session.