La place du partenaire : accompagner le couple pendant la grossesse, pas seulement la mère
une doula accompagne le couple, pas seulement la mère. Pendant la grossesse, elle reçoit les deux parents ensemble, aide à dire les attentes non formulées, et prépare le partenaire à tenir une place active le jour de la naissance : présence ancre et garde de la bulle. Elle ne le remplace jamais ; notre support de cours la décrit comme « un tuteur invisible » du lien.
Nous voyons souvent arriver au premier rendez-vous un partenaire qui s’assoit un peu en retrait, le regard sur son téléphone, prêt à laisser parler. Puis, au bout de vingt minutes, une question sort : « Et moi, je fais quoi, en fait ? » Cet article répond à cette question, pour la grossesse. Le jour J a son propre article, et le congé de paternité son propre guide.
Pourquoi le partenaire se sent-il souvent spectateur de la grossesse ?
Parce que tout, dans le parcours, s’adresse au corps de la mère : les rendez-vous, les échographies, les conseils, les questions de l’entourage. Notre support de cours du module 4 le dit sans détour : le partenaire « peut éprouver un sentiment d’impuissance » et « risque alors d’être relégué au statut de simple spectateur ou de développer une anxiété importante ». Cela commence bien avant la salle de naissance. Cela commence au premier « alors, comment elle va ? » auquel il répond à la place de « et toi ? ».
Et il y a les attentes non dites. Le module 3 de notre formation liste ce que la doula observe dans un couple qui attend un enfant : « les non-dits autour du désir d’enfant, les attentes différentes entre partenaires, les rôles de genre qui influencent la répartition des responsabilités ». Un partenaire qui pensait accompagner à tous les rendez-vous et une mère qui préfère y aller seule ; une mère qui attend un peau-à-peau paternel et un partenaire qui n’ose pas le demander. Rien de grave. Mais cela se dit mieux à trois qu’à deux.
Ajoutons que le partenaire n’a souvent personne à qui parler de sa propre grossesse. Ses amis lui demandent des nouvelles de la mère. Ses parents lui donnent des conseils pour la mère. La doula est parfois la première personne qui lui pose une question à lui, et nous voyons régulièrement un homme de quarante ans, cadre, sûr de lui, marquer un silence avant d’y répondre.
Comment une doula accompagne-t-elle le couple, concrètement ?
En recevant les deux, d’abord. Nous conseillons à nos élèves de proposer que le partenaire soit présent à au moins la moitié des rendez-vous prénataux, et de lui adresser autant de questions qu’à la mère. Le tableau ci-dessous décrit ce que nous voyons se jouer, rendez-vous après rendez-vous.
| Rendez-vous | Ce que vit souvent le partenaire | Ce que propose la doula |
|---|---|---|
| Premier rendez-vous | Retrait, envie de « laisser la place » | Une question directe : « Et vous, comment vivez-vous cette grossesse ? » |
| Milieu de grossesse | Impression d’être utile seulement pour la logistique | Un temps à deux sur ce que chacun attend de l’autre le jour J et après |
| Projet de naissance | Sentiment de ne pas avoir voix au chapitre | La rédaction à deux voix, avec une place explicite pour le partenaire |
| Dernières semaines | Peur de « mal faire », de s’évanouir, de gêner | Atelier pratique : positions de soutien, respiration à deux, garde de la bulle |
| Après la naissance | Décalage entre ce qu’il imaginait et ce qu’il vit | Écoute séparée si besoin, puis à deux ; renvoi vers un professionnel de santé si la détresse persiste |
Nous l’avons vu chez un couple de Strasbourg : le père voulait « tout gérer » pour protéger sa compagne, et elle vivait cette énergie comme une pression. Deux rendez-vous à trois, et une question simple de la doula, « que voudriez-vous qu’il fasse, et que voudriez-vous qu’il arrête ? », ont suffi à remettre chacun à sa place. Aucun conseil n’a été donné. Le couple a fait le travail.
Qu’est-ce que la présence ancre ?
C’est le nom que nous donnons, dans le module sur le soutien du couple, à la posture que le partenaire apprend pendant la grossesse et utilise le jour de la naissance : devenir « un point de repère apaisant », par « le maintien du regard, un ton de voix bas, une respiration synchronisée, le contact peau à peau ». Rien de technique. Tout dans la constance.
La grossesse est le moment d’y travailler, parce que le jour J il sera trop tard pour apprendre. Une doula propose donc au couple des exercices simples, à faire chez soi.
- Respirer ensemble cinq minutes le soir, le partenaire calant son souffle sur celui de la mère, puis l’inverse.
- Tenir le regard pendant une contraction imaginée, sans parler, sans toucher, jusqu’à ce que la mère détourne les yeux.
- Trouver la voix basse : dire trois phrases rassurantes en descendant le ton, et demander à la mère laquelle elle garde.
- Répéter le contact qui apaise : une main sur le sacrum, sur l’épaule, sur la nuque. Chaque femme a le sien, et il change parfois en cours de grossesse.
Ces exercices ont un effet secondaire que les couples ne prévoient pas : ils créent un rituel. Une mère de Bordeaux nous a raconté que les cinq minutes de respiration du soir étaient devenues le seul moment de la journée où son compagnon et elle ne parlaient ni de travail, ni de liste de naissance. Quand le travail a commencé, à 3 h du matin, ils ont fait ce qu’ils faisaient depuis six semaines. Sans réfléchir.
Que signifie « garder la bulle » ?
La bulle, c’est l’espace de calme, de pénombre et d’intimité qui aide la physiologie de la naissance. Notre support de cours propose de confier au partenaire « la garde de la bulle » : « régulation de la lumière, de la musique, du bruit, de la température et gestion du flux des intervenants ». C’est un rôle précis, concret, et qui lui appartient. Pendant la grossesse, on le prépare : quelle musique, quelle lumière, qui a le droit d’entrer dans la chambre à la maternité, qui répond au téléphone.
Ce rôle a un effet que nous observons à chaque fois. Un partenaire qui a une tâche cesse d’avoir peur. Son inquiétude, notre support parle de « stress passif », se transforme en « compétences pratiques et rassurantes ». Et la mère, qui sentait cette inquiétude, en est délestée.
Et si le partenaire ne veut pas être là, ou ne peut pas ?
C’est un choix, et la doula l’accueille comme les autres. Certains partenaires savent qu’ils ne tiendront pas en salle de naissance. D’autres travaillent loin, ou sont absents pour une raison qui ne nous regarde pas. D’autres encore n’existent pas : la mère est seule, ou en couple avec une femme qui se pose les mêmes questions qu’un père. Dans tous ces cas, la doula ne juge pas, ne pousse pas, et ne prend pas la place laissée vide.
Ce dernier point est central dans notre formation. Le support de cours le formule ainsi : « la doula ne se substitue jamais au partenaire. Elle agit comme un tuteur invisible dont l’objectif est d’étayer et de valoriser le lien du couple. L’accompagnement est réussi lorsque le couple devient pleinement autonome et uni. » Quand une doula sent qu’elle devient plus importante pour la mère que le partenaire, c’est un signal. Elle en parle, et réajuste.
Comment aborder les sujets qui fâchent, à trois ?
Sans prendre parti. C’est la règle du module 3, « soutenir le couple sans prendre parti », et c’est la plus difficile à tenir. Voici les quatre situations que nos élèves rencontrent le plus, et la manière dont nous les travaillons en études de cas.
| Situation | Ce que la doula ne fait pas | Ce qu’elle propose |
|---|---|---|
| Désaccord sur le lieu de naissance | Donner son avis, même sur demande | Faire dire à chacun ce qu’il craint, pas ce qu’il veut ; renvoyer à la sage-femme pour les questions médicales |
| Un partenaire qui minimise la fatigue de la mère | Le reprendre | Demander à la mère de décrire une journée, heure par heure, devant lui |
| Une mère qui exclut le partenaire des décisions | Plaider pour lui | Proposer un temps de parole individuel à chacun, puis un temps à deux |
| Des peurs différentes sur l’accouchement | Rassurer avec des chiffres | Un espace où chacun nomme sa peur ; les questions médicales vont à l’équipe soignante |
Sur les peurs, notre support est précis : la doula ouvre « un espace de libération de la parole » où « la personne enceinte et son partenaire sont invités à verbaliser leurs craintes les plus intimes ». Le partenaire a les siennes, et elles sont rarement les mêmes : la peur de voir souffrir, la peur de l’urgence, la peur de ne pas savoir quoi faire. Elles méritent le même temps.
Thomas, 34 ans, père d’un premier enfant à Toulouse, accompagné avec sa compagne : « Au premier rendez-vous, j’étais venu pour la déposer, en gros. La doula m’a demandé ce qui me faisait peur, à moi. Personne ne me l’avait demandé. On a travaillé la respiration à deux tous les soirs pendant un mois. Le jour de la naissance, j’avais un rôle : la lumière, la musique, la porte. J’ai tenu. »
Ce que dit la formation Doulam sur le couple
Le soutien du couple traverse tout le cursus : les attentes entre partenaires au module 3, le soutien pendant l’accouchement au module 4, et une journée entière consacrée aux couples, aux fratries et aux familles au module 5. Notre école de doula forme en présentiel, sur 17 journées et 8 mois, pour 3 500 € tout inclus, avec 10 élèves en moyenne : c’est en binôme que l’on apprend à recevoir deux personnes qui n’attendent pas la même chose.
Pour les parents qui nous lisent : le projet de naissance est le meilleur prétexte pour écrire, à deux, la place que chacun souhaite. Et pour le jour J lui-même, nous avons détaillé le rôle du partenaire pendant l’accouchement. Les ressources publiques du site 1000 premiers jours s’adressent aussi aux co-parents.