Aide-soignante, auxiliaire de puériculture : se reconvertir doula, ce qui se transfère et ce qui se désapprend
oui, une aide-soignante ou une auxiliaire de puériculture peut devenir doula, et c’est l’un des profils que nous accueillons le plus souvent à Doulam. La formation dure 8 mois, en 17 journées de présentiel dans 12 villes, pour 3 500 € tout inclus. Le vrai travail de reconversion tient moins aux connaissances, que vous avez déjà, qu’à la posture : passer du soin à la présence.
Nous recevons chaque année des aides-soignantes de maternité, de néonatalogie ou d’EHPAD, et des auxiliaires de puériculture venues de crèche ou de suites de couches. Elles arrivent avec la même phrase, ou presque : « On aime les familles, mais on n’a plus le temps de les écouter. » Cet article s’adresse à elles. Si vous êtes infirmière, votre situation est un peu différente et nous l’avons traitée dans un article sur la reconversion d’infirmière en doula ; les sages-femmes ont aussi le leur.
Pourquoi tant d’aides-soignantes et d’auxiliaires de puériculture deviennent-elles doulas ?
Parce que le métier de doula leur rend ce que le rythme d’un service leur prend : du temps avec une seule famille. En suites de couches, vous voyez une mère quelques minutes, plusieurs fois par jour, pendant trois jours. Une doula la voit deux heures d’affilée, chez elle, pendant six semaines. Le geste change de nature. Vous ne faites plus le bain : vous regardez le père le faire, et vous lui dites ce qu’il réussit.
Il y a aussi le corps. Les nuits, les postes de douze heures, les transferts : à 40 ou 45 ans, beaucoup de nos élèves cherchent une activité qu’elles pourront tenir vingt ans de plus. Et il y a le sens. Nous l’avons entendu chez une auxiliaire de crèche de Lyon : « Ce qui me manquait, c’était le moment où tout commence, pas seulement celui où on dépose l’enfant à 8 h. »
Ce que vous savez déjà, et qui vaut de l’or
Une aide-soignante ou une auxiliaire de puériculture arrive en formation avec un socle que les autres élèves mettent des mois à construire. Quatre acquis en particulier :
- La lecture du nouveau-né. Les signaux de faim précoces, le bâillement qui annonce la fatigue, le dos qui s’arque quand le bébé sature de stimulations : vous les repérez sans y penser.
- Les gestes de confort. Installer une mère pour la tétée, positionner un bébé en peau-à-peau, faire un change sans réveiller tout le monde.
- Le vocabulaire et les codes du soin. Vous savez ce qu’est un compte rendu, à qui s’adresse une question de cicatrisation, ce que signifie « on surveille ». Cela facilite le dialogue avec la sage-femme et le pédiatre.
- La capacité à rester dans l’intensité. Les larmes, la peur, la fatigue extrême d’une famille ne vous font pas fuir. C’est une compétence rare, et elle se voit dès les premiers jours de stage.
Notre support de cours du module 4 rappelle que le nouveau-né « n’est pas une page blanche ni un être purement passif » : il naît avec des réflexes, un odorat qui reconnaît sa mère, une zone de netteté visuelle située entre 20 et 30 cm, soit la distance de son visage à celui du parent qui le porte. Vous le savez depuis vos premières semaines de service. Ce que la formation va vous apprendre, c’est à le dire aux parents de façon qu’ils le découvrent eux-mêmes.
Ce que vous allez devoir désapprendre
C’est là que la reconversion se joue. En service, on vous a payée pour agir, évaluer, transmettre. En tant que doula, vous ne faites aucune de ces trois choses au sens clinique. Le tableau ci-dessous reprend les réflexes que nous voyons revenir chez nos élèves soignantes, et ce que la doula fait à la place.
| Réflexe de soignante | Ce que fait la doula à la place | Pourquoi |
|---|---|---|
| Faire le geste (installer, changer, mettre au sein) | Nommer ce que le bébé fait et laisser le parent agir | Le parent doit sortir de la rencontre en se sentant compétent, pas assisté |
| Donner la consigne (« il faut le mettre sur le dos ») | Rappeler ce qu’a dit la sage-femme ou le pédiatre, et renvoyer vers eux | La doula ne donne aucun avis médical |
| Évaluer (poids, coloration, freins buccaux) | Observer, décrire, orienter sans attendre si quelque chose inquiète | Aucune évaluation clinique ne relève de la doula |
| Enchaîner (dix familles dans un poste) | Rester deux à trois heures chez une seule famille | La continuité de présence est le cœur du métier |
| Rassurer vite (« ça va aller ») | Accueillir la peur, poser une question, laisser le silence | La posture d’écoute prime sur la réponse |
Notre support de cours le formule ainsi : « le rôle de la doula lors des premiers jours ne consiste pas à gérer le bébé à la place des parents, mais à soutenir leur sentiment de compétence ». L’outil s’appelle le miroir valorisant. Au lieu de prendre le bébé, vous dites : « Observez comme ses yeux se posent sur vous quand vous lui parlez. Il reconnaît votre voix. » Pour une auxiliaire habituée à faire, garder les mains dans les poches est un exercice à part entière. Nous le travaillons en binôme, sur des cas concrets, dès le premier module.
La posture de non-savoir : le vrai chantier de votre reconversion
Le module 1 de la formation Doulam porte sur le positionnement et l’éthique. Sa phrase centrale, tirée de notre support de cours, désarçonne souvent les soignantes : « La posture de non-savoir n’est pas une absence de compétence : c’est une manière de rester disponible, curieuse, attentive, sans projeter ses propres croyances. » Vous savez comment on installe un bébé pour dormir. Mais la question de la doula n’est pas « comment fait-on ? », c’est « comment voulez-vous faire, vous, dans cette chambre, avec cet enfant-là ? ».
Nous l’avons vu chez plusieurs élèves venues de néonatalogie : les premières semaines, elles corrigent. Une position de tétée, une façon de tenir la tête. Puis, vers le troisième module, quelque chose lâche. Elles se mettent à demander avant de montrer. Ce basculement est le moment où elles deviennent doulas. Nous avons détaillé ces sept dimensions dans un article sur la posture de non-savoir de la doula.
Quatre phrases à remplacer dès le premier jour
- « Il faut » devient « Que vous a conseillé votre sage-femme ? ».
- « Donnez-le-moi, on va vous montrer » devient « Essayez, on reste à côté ».
- « C’est normal » devient « Racontez-moi ce que vous observez ».
- « Ne vous inquiétez pas » devient « Ce que vous décrivez mérite un avis médical, appelons ensemble ».
Comment se déroule la formation Doulam pour une soignante ?
Le parcours commence par le stage découverte « Premiers Pas », deux jours à 330 €, puis se poursuit par la formation complète : 5 modules, 17 journées en présentiel réparties sur 8 mois, 444 heures au total avec le travail accompagné entre les sessions. Le tout revient à 3 500 € tout inclus, payable en 8 fois. Les groupes comptent 10 élèves en moyenne, dans l’une de nos 12 villes (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Lille, Strasbourg, Rennes, Nice, Montpellier, Clermont-Ferrand). Notre école de doula est certifiée Qualiopi et forme uniquement en présentiel.
Pour une soignante, les modules ne pèsent pas le même poids. Le module 4, sur l’accouchement, le postnatal et les difficultés périnatales, vous paraîtra familier : compétences du nouveau-né, exogestation, baby blues, organisation de la maison. Les modules 1 et 2, positionnement, éthique, relation d’aide, parcours de vie, sont ceux qui vous bousculeront. Ils occupent six journées sur dix-sept. Ce n’est pas un hasard.
À l’issue du cursus, vous recevez une attestation de formation Doulam. Aucune école de doula ne délivre de diplôme d’État : le métier n’est pas inscrit au RNCP et aucune formation de doula n’est éligible au CPF. Nous préférons le dire clairement avant l’inscription.
Peut-on garder son poste pendant la formation ?
Oui, et c’est ce que font la majorité de nos élèves soignantes. Dix-sept journées sur huit mois, cela représente environ deux jours par mois, souvent regroupés. Le tableau suivant résume les organisations que nous voyons fonctionner.
| Situation | Organisation de la formation | Financement le plus fréquent |
|---|---|---|
| Salariée à temps plein (hôpital, clinique, crèche) | Journées posées sur les repos et congés, ou demande de formation à l’employeur | Plan de développement des compétences via l’OPCO de l’employeur, ou fonds propres en 8 fois |
| Salariée à 80 % | Sessions sur le jour libéré et les week-ends | OPCO ou échelonnement |
| Demandeuse d’emploi après une rupture conventionnelle | Formation à temps choisi, premières familles accompagnées en parallèle | Aide individuelle à la formation de France Travail |
| Déjà installée en libéral (auxiliaire à domicile) | Formation intégrée à l’activité | FIF-PL ou AGEFICE selon le statut |
Les conditions de l’aide individuelle à la formation sont décrites sur le site de France Travail. Nous détaillons chaque solution, AGEFIPH et échelonnement compris, sur notre page financement.
Nadia, 44 ans, ancienne auxiliaire de puériculture en néonatalogie à Lille : « Pendant quinze ans, j’ai su avant les parents ce que leur bébé allait faire. En formation, la première fois qu’on m’a demandé de rester assise pendant qu’une maman cherchait la position de tétée, j’ai cru que je n’y arriverais pas. Aujourd’hui c’est ce que les familles me disent préférer : que je ne prenne pas leur place. »
Que devient votre revenu après la reconversion ?
Disons-le franchement : la première année, une doula gagne moins qu’une aide-soignante titulaire. Les chiffres que nous publions sur le site sont les ordres de grandeur du métier : 4 à 6 familles la première année, 10 à 15 à plein régime, pour un revenu net de 1 000 à 2 500 € par mois selon les forfaits et la ville. C’est pourquoi beaucoup conservent un mi-temps la première année. Le détail des forfaits et du calcul figure dans notre guide sur le salaire d’une doula.
Votre passé de soignante joue en votre faveur sur un point précis : les sages-femmes libérales et les PMI vous connaissent, ou reconnaissent votre parcours. Le réseau qui met des années à se construire pour une élève venue du commerce ou de l’enseignement existe déjà pour vous. Il suffit de le prévenir que vous avez changé de place.
Par où commencer ?
Par le stage « Premiers Pas ». Deux jours, dans la ville la plus proche, avec un groupe de 10 personnes en moyenne. Vous y vivrez la météo intérieure, les études de cas, le cercle de clôture. Et vous saurez, dès le deuxième soir, si garder les mains dans les poches est un renoncement ou une libération. Pour la plupart des soignantes que nous avons formées, c’était la seconde option.