Grossesse & naissance · 10 min de lecture

Massage du périnée avant l’accouchement : intérêt, méthode, limites

En bref

le massage du périnée avant l’accouchement consiste à assouplir les tissus situés entre le vagin et l’anus, en général à partir de la 34e ou 35e semaine, à raison de quelques minutes plusieurs fois par semaine, avec une huile végétale neutre. C’est un geste que la femme ou son partenaire réalise, après l’avoir appris avec la sage-femme. La doula en explique le sens ; elle ne le pratique jamais.

Le périnée est le sujet qui fait baisser la voix en visite prénatale. On en parle après le ballon, après le sommeil, quand la confiance est installée. Et pourtant la question est là chez presque toutes les femmes que nous accompagnons : « est-ce que ça va déchirer ? ». Le massage du périnée est l’une des réponses que la sage-femme peut proposer. Nous vous expliquons ici ce qu’il est, ce qu’on en attend raisonnablement, et où s’arrête notre rôle.

À quoi sert le massage du périnée avant l’accouchement ?

Il sert à familiariser les tissus, et la femme, avec l’étirement qui aura lieu au passage du bébé. Notre support de cours décrit ainsi le périnée : « leur élasticité naturelle, renforcée par l’imprégnation hormonale, leur permet de s’étirer progressivement au passage du bébé. Ces tissus ne sont pas passifs : ils réagissent aux sensations, s’adaptent au rythme de la naissance ». Le massage prénatal s’inscrit dans cette logique : le corps sait déjà s’étirer, on l’aide à le faire en confiance.

Deux effets sont recherchés. Un effet tissulaire : les muscles et les fascias du plancher pelvien, massés régulièrement, gagnent en souplesse et en tolérance à l’étirement. Un effet de connaissance : beaucoup de femmes n’ont jamais touché cette zone de leur corps avec attention. Apprendre à la sentir, à la relâcher volontairement, à reconnaître la sensation de tension puis de détente, prépare autant que l’assouplissement lui-même. Le jour J, la consigne « laissez le périnée se relâcher » aura un sens concret.

Le massage du périnée réduit-il le risque de déchirure ?

Il peut y contribuer, sans rien garantir. Les recommandations de la Haute Autorité de santé sur l’accouchement normal citent le massage périnéal prénatal parmi les mesures qui peuvent être proposées aux femmes pour préparer le périnée ; le texte est consultable sur le site de la HAS. Ce que nous retenons pour nos élèves : c’est une pratique reconnue, encadrée par la sage-femme, dont le bénéfice se discute au cas par cas. Ce que nous refusons d’écrire : un pourcentage de déchirures évitées. Chaque naissance est différente, et l’état du périnée à l’arrivée dépend aussi de la position, du rythme de la poussée, de la taille du bébé, et de l’accompagnement de l’équipe.

Le périnée intact n’est pas non plus un objectif à atteindre coûte que coûte. Une petite déchirure superficielle cicatrise le plus souvent sans conséquence. Ce qui compte, c’est que la femme comprenne ce qui se passe et se sente actrice. Pour la question spécifique de l’épisiotomie, geste médical qui relève de l’équipe et de son indication, nous vous renvoyons à notre guide sur l’épisiotomie.

Comment se pratique le massage du périnée, dans les grandes lignes ?

Nous décrivons ici le principe, pas une fiche à appliquer seule. L’apprentissage se fait avec la sage-femme, au cabinet ou lors d’une séance de préparation à la naissance, parce qu’elle vérifie d’abord qu’aucune situation ne s’y oppose et parce qu’elle montre le geste juste. Voici les repères qui reviennent dans la plupart des pratiques.

RepèreCe qui est le plus souvent proposéPourquoi
DébutVers la 34e ou 35e semaine d’aménorrhéeAssez tôt pour assouplir, assez tard pour rester proche de la naissance
FréquenceTrois à quatre fois par semaine, parfois tous les joursLa régularité compte plus que la durée
DuréeEnviron 5 minutesAu-delà, la zone s’irrite plutôt qu’elle ne s’assouplit
ProduitHuile végétale neutre (amande douce, tournesol, jojoba)Lubrifie sans irriter ; jamais d’huile essentielle
MomentAprès une douche ou un bain, allongée ou assise, genoux fléchisTissus déjà détendus, intimité garantie
QuiLa femme elle-même ou son partenaireJamais la doula, jamais un tiers non formé

Le geste lui-même consiste à introduire un ou deux doigts sur quelques centimètres et à exercer une pression douce vers l’arrière et sur les côtés, en accompagnant la sensation d’étirement par une respiration lente. On cherche une tension supportable, jamais une douleur. Puis on relâche, on respire, on recommence. La sage-femme ajuste la pression, la position des doigts et la fréquence selon la personne. Nous n’en dirons pas plus ici : le reste s’apprend avec elle.

La respiration, la vraie clé

Ce que nous apportons à nos élèves sur ce sujet, c’est la respiration qui accompagne le massage. Le principe est le même que pour toutes les mesures de confort de notre module prénatal : une inspiration calme, une expiration plus longue, pendant laquelle on laisse le périnée « descendre » et s’ouvrir. Ce couplage entre souffle et relâchement se retrouvera dans le travail. Une femme qui a appris chez elle à détendre son périnée en expirant retrouvera ce réflexe le jour de la naissance, même sans y penser.

Quelles sont les limites et les contre-indications ?

La première limite est médicale : certaines situations de grossesse contre-indiquent tout massage de cette zone, et seule la sage-femme ou le médecin peut le dire. Nous ne listons pas ces situations, parce qu’une liste lue sur un blog ne remplace pas l’examen. La règle que nous donnons est simple : on ne commence pas sans en avoir parlé au professionnel qui vous suit.

  • Pas de douleur. Une sensation d’étirement, oui ; une brûlure, un saignement, une gêne qui persiste après, non. On arrête et on en parle à la sage-femme.
  • Pas de pression sociale. Certaines femmes ne veulent pas de ce geste, par pudeur, par histoire personnelle, par choix. C’est un droit, et la doula le défend sans commentaire.
  • Pas de promesse. Un périnée massé n’est pas un périnée garanti. Toute personne qui affirme le contraire vous parle d’autre chose que de physiologie.
  • Pas de produit hasardeux. Huile végétale neutre uniquement. Les huiles essentielles sont exclues sur cette zone et pendant la grossesse, sauf avis médical.

Quelle est la place de la doula sur ce sujet ?

Elle explique, elle écoute, elle oriente. Elle ne touche pas. Le massage du périnée est un geste intime, réalisé sur le corps, dans une zone où seuls la femme, son partenaire et le professionnel de santé ont leur place. Notre cadre de formation est sans ambiguïté : la doula « ne pratique aucun geste médical », et elle ne pratique pas non plus de geste intime, même non médical. En visite, elle peut en revanche accueillir la peur de la déchirure, replacer le périnée dans la physiologie globale de la naissance, rappeler que l’état émotionnel joue sur la détente des tissus, et encourager la femme à poser la question à sa sage-femme.

Le support de cours note que la capacité des tissus périnéaux à se détendre « est étroitement liée à l’état émotionnel de la femme, ce qui souligne l’importance d’un environnement calme, intime et sécurisant ». C’est là que la doula agit, indirectement mais réellement : sur la sécurité, la lumière, le silence, la présence. Un périnée qui se relâche le jour J doit beaucoup à ce qui entoure la femme, pas seulement à ce qu’elle a massé.

Témoignage d’une jeune maman accompagnée par une doula

Léa, 29 ans, orthophoniste à Nantes : « J’avais lu tout et son contraire sur le massage du périnée. Ma doula ne m’a rien montré, elle m’a dit : demande à ta sage-femme, elle te dira si c’est adapté pour toi, et elle te montrera. C’est ce que j’ai fait, à 35 semaines. Ce qui m’a le plus servi, finalement, c’est d’avoir appris à relâcher cette zone en expirant. Le jour de l’accouchement, la sage-femme me l’a rappelé et mon corps savait. »

Que se passe-t-il pour le périnée le jour de la naissance ?

Il s’étire, lentement si on lui en laisse le temps. Notre module accouchement insiste sur trois besoins de la femme en travail : la sécurité, l’intimité, la mobilité. Les trois concernent directement le périnée. Une femme qui se sent observée contracte ; une femme libre de ses positions trouve souvent d’elle-même celle qui répartit la pression ; une poussée qui suit le rythme du corps plutôt qu’un compte à rebours laisse les tissus s’ouvrir progressivement. La doula veille à ce cadre, dans la limite de ce que l’équipe autorise, et rappelle le souffle appris à la maison. Elle ne touche pas, ne guide pas la poussée, ne commente pas l’état du périnée : c’est le territoire de la sage-femme.

  • Pénombre et voix basses : le périnée se relâche mieux quand le néocortex se met en veille.
  • Position choisie par la femme, dans la mesure du possible : à quatre pattes, sur le côté, accroupie, suspendue.
  • Expiration longue à chaque poussée, plutôt que le souffle bloqué.
  • Compresse chaude proposée par la sage-femme, quand l’équipe la pratique.

Massage, périnée et couple : comment en parler ?

Beaucoup de couples que nous accompagnons hésitent à aborder le sujet. Le partenaire a peur de faire mal, la femme a peur d’être regardée autrement. Nous conseillons d’en parler d’abord en présence de la sage-femme, qui pose le cadre et démystifie le geste. Puis d’en faire un moment simple, sans enjeu de performance : quelques minutes, une lumière douce, une conversation ordinaire. Certains couples s’y tiennent, d’autres abandonnent après deux essais et la femme continue seule. Les deux sont bien. Ce sujet touche à la place du partenaire dans la grossesse, thème que nous développons dans notre article sur la place du partenaire.

Après la naissance : le périnée continue

Le massage prénatal ne dispense de rien après l’accouchement. La rééducation périnéale, prescrite par la sage-femme ou le médecin lors de la consultation postnatale, reste le passage obligé, quelle que soit la voie de naissance. La doula, en post-partum, rappelle ce rendez-vous, encourage le repos et la douceur, et aide à organiser le quotidien pour que la mère puisse s’y rendre. Elle ne se substitue pas à la sage-femme ni au kiné qui réalisent cette rééducation.

Cette façon d’aborder un sujet intime, avec des connaissances précises et une place clairement délimitée, est ce que nous transmettons dans le cursus Doulam : 5 modules, 17 journées en présentiel, 3 500 € tout inclus, dans 12 villes. Le module prénatal consacre une journée entière à la physiologie de la grossesse, du bassin au périnée, pour que la doula sache de quoi elle parle, et sache surtout ce qu’elle laisse aux professionnels de santé.

FAQ — Massage du périnée avant l’accouchement

À partir de quand commencer le massage du périnée ?+
Le plus souvent vers la 34e ou 35e semaine d’aménorrhée, soit environ cinq à six semaines avant le terme. C’est la sage-femme qui confirme le moment adapté à votre grossesse, après avoir vérifié qu’aucune situation ne s’y oppose. Commencer plus tôt n’apporte rien de plus.
Combien de fois par semaine masser le périnée ?+
Trois à quatre fois par semaine, parfois tous les jours, pendant environ cinq minutes. La régularité compte davantage que la durée. Une séance trop longue irrite les tissus au lieu de les assouplir.
Quelle huile utiliser pour le massage du périnée ?+
Une huile végétale neutre : amande douce, tournesol ou jojoba, par exemple. Les huiles essentielles sont exclues sur cette zone et pendant la grossesse. En cas de doute sur un produit, demandez à votre sage-femme ou à votre pharmacien.
Le massage du périnée évite-t-il l’épisiotomie ?+
Il n’évite rien à coup sûr. L’épisiotomie est un geste médical décidé par l’équipe selon la situation au moment de la naissance. Le massage prénatal peut contribuer à la souplesse et à la détente du périnée, ce qui fait partie des éléments favorables, sans garantie.
Le massage du périnée fait-il mal ?+
Il ne doit pas faire mal. On recherche une sensation d’étirement supportable, accompagnée d’une respiration lente, jamais une brûlure ni une douleur. Si une gêne persiste après la séance, on arrête et on en parle à la sage-femme.
Une doula peut-elle pratiquer le massage du périnée ?+
Non. Le massage du périnée est un geste intime réalisé par la femme elle-même ou son partenaire, après apprentissage avec la sage-femme. La doula en explique le sens, accueille les craintes et oriente vers la sage-femme ; elle ne pratique aucun geste sur le corps dans cette zone.
Existe-t-il des contre-indications au massage du périnée ?+
Oui, certaines situations de grossesse le contre-indiquent. Seule la sage-femme ou le médecin peut le déterminer lors d’une consultation. C’est la raison pour laquelle on ne commence jamais ce massage sans en avoir parlé au professionnel de santé qui suit la grossesse.
Faut-il quand même faire la rééducation périnéale après ?+
Oui. Le massage prénatal ne remplace pas la rééducation du périnée après la naissance, prescrite lors de la consultation postnatale et réalisée par une sage-femme ou un kiné. Elle concerne toutes les femmes, quelle que soit la voie d’accouchement.

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